A(i)mer – Odehia Nadaco

A(i)mer Odehia Nadaco 2018

Pourquoi ? Parce que j’avais goûté à  Knysna et dans mon retour, je regrettais de rester sur ma faim. Selon moi, le personnage principal Hilton méritait un passé plus étoffé. Il y a quelques semaines sortait A(i)mer préquel de Knysna…. Je me devais donc de connaitre comment l’auteure avait continué d’enrober son personnage…

L’histoire : Un matin, Hilton est réveillé par les fantômes du passé, bien trop menaçants et musclés pour passer au travers. Son meilleur ami se retrouve alors en danger de mort, les souvenirs en profitent pour refaire surface avec violence. Avec ce sacré lot d’emmerdes se profile l’inévitable confrontation avec la famille d’Hilton, qui vous le comprenez, n’est pas forcément la meilleure alliée pour une vie sereine.

Et alors ? C’est un roman troublant. Une histoire qui ne délivre pas tout, à la différence de quelques scènes brutales qui ne vous épargne aucun détail.

A(i)mer, c’est la vie d’un marginal dans l’âme  qui paie au prix fort son indépendance ; il avait tout pour se dorer la pilule au soleil, mais Hilton préfère rester à l’ombre de la fortune familiale… Hilton, justement, à l’image du roman, il n’est pas formaté pour plaire au plus grand nombre. A(i)mer n’amène pas le lecteur là où il pense aller. On croit dans les premières pages se retrouver plongé dans un thriller, avec ce sévère coup de poing dans le premier tiers. Je m’attendais à une suite déchainée … Non. Même si le reste du roman donne la part belle à quelques scènes d’actions nerveuses, sont largement décrits ces souvenirs toxiques, drapés d’une ambiance parfois comateuse quand il s’agit de traiter de la dépendance d’Hilton aux médocs et aux drogues. Et cette histoire d’amour qui s’entremêle…

Odehia Nadaco a ce talent de balayer des genres différents tout en évitant les clichés, les phrases toutes faites.

Le passage qui m’a le plus touchée est celui qui amène la violente finalité du roman. Il s’agit du regard jeté par un ancien camarade de classe à Hilton. Comprendront ceux qui l’ont lu.

Le petit défaut pour moi, c’est ce passé, présent entrecroisés auxquels il faut parfois un léger effort pour se raccrocher. En même temps, je pense pas que l’intention de l’auteure soit de délivrer du tout cuit. J’aurais aussi aimé passer un peu plus de temps au Château, que cet endroit prenne encore davantage de place encore dans l’histoire …

En bref : Noir et brutal, un roman qui ne répond pas aux codes, tout en les respectant.

Extraits :

La nuit arriva vite et le froid l’avait rapidement gagné. Quelques frissons d’abord, de ceux qui accompagnent un changement brusque de température, puis le froid pénétrant, celui qui glace jusqu’aux os. Des chaussettes. Si on lui avait demandé ce qu’il voulait à ce moment précis, seule sa paire de chaussettes lui serait venue à l’esprit.

Ce soir, les filles nous proposent de nous emmener au Château. Nous voilà ainsi partis pour passer à l’abri des regards, dans cette maison bourgeoise qui a bien l’aspect d’un château, avec ses espèces de tourelles, son parc arboré, derrière lequel elle se cache aux yeux de tous.

Il explosa intérieurement, retint gonds, serrures et portes complètes.

 

 

Pactum Salis – Olivier Bourdeaux

Pactum salis – Olivier Bourdeaut – 2018

Pourquoi ? Parce que j’avais bien accroché à son premier roman En attendant Bojangles et puis comme mes beaux-parents m’ont offert Pactum Salis, c’était le moment de voir ce que donnait le deuxième roman de cet auteur prometteur….

L’histoire : Deux personnages, un agent immobilier aux dents longues et un paludier solitaire, se retrouvent liés suite à un épisode malencontreux.

Et alors ? Oupps je n’ai pas accroché…. Alors pourquoi je me le demande encore, les qualités d’écriture sont là, et me retrouvée dans les marais salants étaient une perspective qui m’enchantait.

J’ai tout de même une petite ébauche d’explication : le roman verse dans la littérature dans les premières pages avec des descriptions réussies aussi bien pour les paysages des marais salants de Guérande que pour ses personnages, avant de basculer dans une sorte de caricature avec des protagonistes hauts en couleur et des situations un peu tirées par les cheveux. J’avoue que j’ai une préférence pour la nuance plutôt que le côté excessif des choses, mais si c’est bien mené je m’adapte. Ici, aucune attache ne s’est développée pour les personnages, ce qui a provoqué très rapidement un sérieux ennui.  Des dialogues théâtraux bien ficelés, mais je me suis demandé ce qu’ils faisaient là. Et quand au beau milieu du roman on trouve un cadavre, j’ai lâché prise, parce que je me suis rendue compte que je n’avais même pas envie de savoir qui était mort, à cause de qui et pourquoi.

En bref : Un roman qui a de grandes qualités mais qui voulait peut-être prétendre à trop de choses en même temps ?

Extraits :

Cette distance avait toujours suscité un intérêt chez les filles, elles mettaient cet éloignement sur le compte d’une touchante timidité teintée d’un certain romantisme. Le romantisme du cavalier solitaire. Elles venaient nombreuses et repartaient dès qu’elles comprenaient qu’il fréquentait une banale calculatrice.

Les effets cumulés du soleil sur sa peau et de l’acidité du vin blanc sur son cerveau avaient produit une manière de transe qui alimentait des souvenirs bégayants et un regard flottant.

Les loyautés – Delphine de Vigan

Les loyautés – Delphine de Vigan – 2018

Pourquoi ? Parce que j’aime bien le style de la dame, même si la lecture achevée, il faut se réinjecter une bonne dose de pensées vivifiantes pour revoir la vie en couleurs. Vous l’aurez compris, le roman épongera votre côté sombre ou vous y plongera complètement.

L’histoire : Une palette de personnages, deux ados qui s’essaient à l’alcoolisme, une enseignante à l’affût des signes de mal être d’un de ces élèves et une mère de famille dont l’esprit présente quelques petites anomalies.

Et alors ? Le style De Vigan, c’est tout doux et confortable brassé avec grande tristesse. La lecture est rapide, 200 pages bien aérées, avec une histoire qui pousse à tourner les pages. Certains lecteurs diront que c’est trop court (n’est-ce pas Emilie ?). Personnellement, j’aurais pu connaitre quelques difficulté à être plongée trop longtemps dans cette ambiance où chaque personnage a envie de tout laisser couler.

Jo Rouxinol, en parlant de sa lecture, avouait avoir retenu sa respiration par peur du faire du bruit, je la comprends. Un éventail de mots choisis, des formulations poétiques et on a presque l’impression de flotter ou d’être en apnée, c’est selon.

Je ne peux pas le cacher, c’est mon caractère, j’aurais bien secoué certains personnages.  Ils nagent dans leur mal-être en tournant en rond et il ne manquait plus que je renverse le bocal. Cette remarque ne concerne pas les ados, victimes des adultes qui leur trace un chemin tout droit vers la déprime. On comprend mieux ces deux jeunes qui brouillent leur réalité en buvant.

Ce sont des tranches de vie malheureuses, un résultat de beaucoup de choses qui auraient pu être évitées. Nous arrivons quand plus grand chose ne semble pouvoir être sauvée.

Alors vous allez me dire, mais t’es bien abattue après cette lecture ? Oui un peu, même si je peux dire que j’aie aimé Les Loyautés.

En bref : C’est presque un état des lieux poétique d’une somme de désillusions et de grandes claques.

Extraits :

Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu’on attendait de lui. Mots délivrés au compte-gouttes, expression neutre, regard baissé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s’est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse.

Un soir, le journal télévisé a diffusé un reportage sur une marée noire provoquée par un accident de pétrolier. […] et j’ai aussitôt pensé à nous tous, ces images nous représentaient mieux que n’importe quelle photo de famille. C’était nous, c’étaient nos corps noirs et huileux, privés de mouvement.

Qui veut la peau de Nestor Boyaux – Lucius Von Lucius

Qui veut la peau de Nestor Boyaux – Luc Doyelle

Pourquoi ? Il y en a un qu’on ne peut pas louper dans la sphère des auteurs indé : c’est Lucius. Il dégaine deux choses : jeux de mots et extraits des meilleurs morceaux d’Ennio Morricone. Nous laisserons aujourd’hui de côté le talentueux compositeur italien pour évoquer la passion de Lucius pour les mots :  ses rébus, calembours ou devinettes loufoques sont parfois mon premier triturage de méninges du matin… Enfin bref… Lucius est aussi auteur et puisqu’à priori tout le monde a déjà fait la connaissance de son mort-vivant, moi je me suis penchée sur Nestor Boyaux.

L’histoire : Lucius se met en scène. Ecrivain en mal d’inspiration, il se rapproche de son ami de toujours, le fameux Nestor Boyaux, pour redonner en quelque sorte de l’essence à ses écrits. Nestor travaille dans le crime et pour Lucius qui tente une percée dans le polar, c’est une belle aubaine…. Oui mais tout part rapidement de travers, car avant même que la première ligne ne soit écrite, le cadavre de Nestor est retrouvé et le principal suspect, je vous le donne en mille : notre Lucius. Maintenant pour lui, la seule solution c’est la fuite.

Et alors ? Je ne vais pas cacher que j’ai eu quelques appréhensions quant à une présence trop importante de calembours au détriment d’une histoire. Alors évidemment il y a des jeux de mots; des expressions détournées, c’est loufoque, mais ce n’est pas du grand n’importe quoi. L’humour est là pour assaisonner un road movie haut en couleur. J’ai lu ce roman avec le sourire, l’attention en alerte pour ne pas manquer une finesse. L’ennuie ne m’a pas une seule fois effleurée. Le rythme est rapide, mais cela ne veut pas dire que la qualité de l’écriture est écartée. Et ça c’est un gros bon point.

Dans cette histoire rocambolesque, on trouve beaucoup d’éléments autobiographiques. Alors vous allez me dire normal, c’est un peu une auto fiction à la sauce humour. Pas faux ! De l’humour, oui il y en a, mais je ne pense pas me tromper en assurant que ce roman a pu germer grâce à une angoisse de l’auteur…

En bref : Une parenthèse rocambolesque qui fait du bien.

Extraits :

Il commençait à me plaire le père Nestor. Il faut avouer qu’il me pratiquait depuis quelques décennies, et savait pertinemment par quel bout me tendre la carotte.

Pour l’heure, elle veillait au grain, non de sable, mais de blé. Je devais l’approvisionner en munitions, sans quoi le combat tournerait à l’avantage des gros bonnets de l’édition.

De guerre exténuée, nous avons bricolé un alambic, mais le lait de brebis ne contient pas suffisamment de sucre. Notre eau de vie de brebis n’attire pas les foules, d’autant que l’odeur nauséabonde qui accompagne la distillation ne plaide pas en notre faveur. Le directeur nous a même octroyé une semaine d’isolement pour nous faire passer le goût des expériences.

Pour le trouver :

https://www.amazon.fr/dp/B071J9259W/ref=dp-kindle-redirect?_encoding=UTF8&btkr=1

Dans le jardin de l’ogre – Leila Slimani

Dans le jardin de l’ogre – Leila Slimani

Pourquoi ? Parce qu’il m’a été recommandé et Chanson douce tardant à sortir en poche, j’avais envie de me jeter sur le premier roman de Leila Slimani. C’est parti !

L’histoire : Adèle est dépendante aux relations sexuelles. Elle vit en déséquilibre complet entre ses besoins et la façade qu’elle entretient avec son mari et son fils.

Et alors ? D’abord troublée par le style clinique des première pages, parfois une énumération d’actions, un journal de bord, distant, sans émotion. Et une fois cette première impression passée, je me suis accommodée et j’ai été conquise par la froideur de ce roman qui traite d’un sujet plutôt chaud.

On ne trouve pas Dans le jardin de l’ogre ce qui inonde le rayon érotisme des grandes librairies. Adèle est maigre et sèche et elle cumule les rapports, parfois brutaux. Le champs lexical lié aux plaisir est mis à l’écart, les notions de désir et de jouissance, quasiment inexistantes. Le sexe, pour Adèle, est un besoin qui la salit, qui l’écarte du bonheur, qui ne la comble même pas.

Des lecteurs seront exaspérés par les comportements des personnages. Celui d’Adèle, terriblement fragile, à l’instinct maternel précaire, mais d’un pragmatisme absolu quand il s’agit d’organiser ses plans culs. Ou encore celui du mari qui ne se rend compte de rien, aveugle consentant, presque niais à vouloir un bonheur trop simple. Je comprends, j’ai eu ce genre de réaction pour ces deux personnages, et pourtant j’ai été séduite par le style de Leila Slimani. A bientôt pour Une chanson douce…

En bref : Chronique d’un plaisir devenu maladie.

Extraits :

En devenant mère et épouse, elle s’est nimbée d’une aura de respectabilité que personne ne peut lui enlever. Elle s’est construit un refuge pour les soirs d’angoisse et un repli confortable pour les jours de débauche.

Elle ne se souvient de rien de précis, mais les hommes sont les uniques repères de son existence. A chaque saison, à chaque anniversaire, à chaque événement de sa vie, correspond un amant au visage flou. Dans son amnésie flotte la rassurante sensation d’avoir existé mille fois à travers le désir des autres.

Il reste de la poussière – Sandrine Collette

 

Pourquoi ? Décrit par François Busnel comme un diamant brut…. ça me donne envie de me faire piéger (ou pas.) On verra…

L’histoire : Nous sommes en Patagonie, dans une estancia, exploitation agricole d’Amérique du Sud. Une mère domine et trime, ses quatre fils obéissent et triment aussi. La dure labeur et la routine rythment une vie vouée à la pauvreté ; l’émergence de l’élevage intensif pousse vers la misère les plus petites exploitations. Mais un événement va tout changer pour La mère et ses quatre fils…

Et alors ? Très, très (oui j’en ai mis deux!) agréablement surprise. La comparaison alléchante de François Busnel n’était pas racoleuse, mais méritée. Nous suivons à tour de rôle les cinq personnages dans leur besogne et l’évolution peu reluisante de leur situation. C’est presque un huit clos grand ouvert avec des descriptions soignées aussi bien pour les paysages de Patagonie que pour les activités agricoles.

Le style de Sandrine Collette est en parfaite harmonie avec l’histoire. Brute, point d’envolée lyrique dans ce climat sec.  Il n’y a pas une succession d’aventures à en perdre haleine. Les personnages sont arides, tantôt violents, tantôt abattus par la rudesse de leur quotidien, mais attachés à leur croyance. Point de place pour les sentiments, juste quelques valeurs en surface qui font grincer les rouages de leurs relations.

Alors il faudra juste m’expliquer pourquoi je vois ce roman estampillé thriller en quatrième de couverture. Sandrine Collette a été connue par son roman de captivité Des Noeuds d’acier, mais doit-on la reléguer à une catégorie bien définie, alors qu’ici je ne flaire le thriller ni de près ni de loin.  L’action est lente. Des retournements il y en a bien sûr et l’action dévie par moment oui, mais on ne s’emballe pas… J’ai même mis deux semaines pour le lire, alors qu’il n’était pas très épais. J’avais juste envie de savourer…

En bref :  C’est noir, ça prend son temps, c’est brut et un peu poussiéreux. A lire !

Extraits :

Avec la même raideur. Et les mêmes travers. Elle picole autant que les gars, chacun son tour, se dit-elle en silence, les yeux levés au ciel, le sourire méchant.

Au loin, le ciel a viré maussade, taché de nuages noirs, Rafaël sent la tension dans l’air. Orage magnétique ? Pluie torrentielles ? […] Dieu qu’il en faudrait de l’eau? Et peut-être passera t-elle à côté, emmenée par les vents joueurs, et ils regarderont le flanc des nuages en rêvant de les crever au fusil – certains essaieront sans doute, dans un élan insensé.

 

Chorale – Nick Gardel

Pourquoi ? Parce que Droit dans le mur a été un gros coup de coeur et que j’avais envie de retrouver le style de Nick Gardel. Alors c’est parti !

L’histoire : Tout commence par une explosion qui remet en cause les habitudes de vie -supposées peinardes- d’Aykut Erdani, un bon ami de Peter Raven. Raven qui n’est pas en reste niveau emmerde, puisque  la vitrine de sa librairie est victime d’un mitraillage en bonne et due forme. C’est donc parti pour un enchainement d’aventures rocambolesques en compagnie d’une tripoté de personnages hauts en couleur !

Et alors ? La face tranquille des personnages, un libraire et un vendeur de sacs d’aspirateur, est secouée par des coups de mitraillettes et quelques engins explosifs. De quoi offrir à Nick Gardel l’occasion d’user de son humour aiguisé, domaine dans lequel il excelle. Les discussions entre Raven et les deux flics sont jubilatoires tant elles sont absurdes. Quant aux descriptions des personnages, elles sont finement ciselées, drôles mais surtout justes et sensibles. (Je pense notamment à la description du couple ami de Peter Raven Esteban et Vera.)

Chorale, road movie qui met en scène une DS s’échappant de la cacophonie parisienne pour échouer dans le calme vosgien, est aussi la rencontre entre la nostalgie et l’artillerie lourde de la nouvelle technologie. Imaginez les occupants de cette bonne vieille DS partis à la recherche d’un geek en cavale.

Je ne pense pas me tromper en évoquant Daniel Pennac (la lecture d’Au bonheur des ogres remonte quand même.) qui m’a fait un peu penser à l’ambiance de Chorale. Le côté un peu loufoque, improbable…. Evidemment quand on parle des influences de Nick, on évoque Audiard et ce qui explique peut-être une large place dédiée aux dialogues.

La couverture de Chorale correspond très bien à la lecture et me permet de soulever un petit bémol. Vous savez, j’ai un côté mémère et Chorale est un roman à tout allure dans lequel j’ai parfois perdu le fil. J’ai peut-être commis l’erreur de le lire par petits bouts et comme l’histoire regorge d’actions et de personnages pittoresques, j’aurais aimé un peu plus de temps morts. Il faut aussi savoir que Chorale est la continuité d’une trilogie avec pour personnage principal Peter Raven, alors même si on peut le lire indépendamment des autres, la mise dans le bain de l’action aurait peut-être été simplifiée si j’avais commencé par les premiers.

En bref : Un polar décoiffant et improbable qui offre la part belle aux jeux de mots et à la richesse de la langue française.

Pour trouver Chorale :

https://www.amazon.fr/Chorale-Nick-GARDEL-ebook/dp/B075FNCL6G/ref=pd_sim_351_8?_encoding=UTF8&psc=1&refRID=3DC3FM4MP9V4P9WS8845

Extraits : 

Jean-Edouard se cherchait encore à l’orée de la trentaine, lui qui se louvoyait si souvent sous la ligne de flottaison de la légalité. Il avait grandi sans vieillir, poussé sans mûrir.

-ça pue Raven. – Et je fais quoi pour chasser les odeurs ? -Vous vous tenez tranquille, vous évitez les vagues, les remous et les clapotis.

L’univers n’avait que peu de prise sur ce couple hors du temps et de l’espace. Ces deux là s’imbriquaient l’un dans l’autre, mais n’avaient aucune place dans le canevas du monde. Il naviguaient en marge…

Petit Pays – Gaël Faye

Petit pays – Gaël Faye – 2016

Pourquoi ? Parce que j’ai souvent trouvé mon bonheur dans les prix Goncourt des lycéens et que deux, trois avis m’ont poussée à la lecture. A mon tour d’aller faire un tour dans ce petit pays !

L’histoire : Gabriel est en France depuis vingt ans déjà, exilé de son petit pays. Son petit pays, c’est le Burundi qu’il a dû quitter brutalement pour sa survie. Il revient sur sa douce enfance et sur la genèse d’une barbarie inhumaine.

Et alors ? Petit pays, c’est aussi un petit roman à peine 200 pages, mais costaud sur pas mal de points. Il m’a remis en mémoire une tranche d’histoire récente (vingt ans sur une frise historique c’est un grain de poussière.) : la guerre civile qui s’est emparée du Burundi et a bousillé toute une population parce qu’une ethnie voulait prendre l’avantage sur l’autre.

L’aspect historique et politique est vu par un enfant qui tente de comprendre le monde des adultes. Par la naïveté du jeune Gaby s’extrait toute l’absurdité du conflit. Une histoire de nez agite deux ethnies, veut expliquer le père de Gabriel, mais le petit garçon a vite saisi que Le fond de l’air avait changé. Peu importe le nez qu’on avait, on pouvait le sentir.

J’ai trouvé les premières pages magnifiques. L’humeur sombre de Gabriel, un expatrié cherchant encore sa place qui ne se fond pas avec facilité à la vie parisienne, mais s’en accommode.

Les souvenirs de bonheur passé occupe une large place dans le roman. L’arrivée de la guerre civile est distillée entre deux douceurs.

Le style est délicat, simple. Peu de violence, l’auteur épargne au lecteur de la barbarie des génocides, même si quelques passages (sans aller trop loin dans l’horreur.) sont glaçants.

Allez maintenant je vais juste soulever mon petit bémol. Peut-être que j’en ai trop attendu ? Mais malgré les grandes qualités du roman, j’avais l’impression d’être sur un chemin balisé. La nostalgie heureuse de l’enfance, les bons copains, les petites anecdotes sympas, la montée progressive du conflit, la découverte de la passion salvatrice… Bon c’est juste un ressenti….

En bref : Un roman qui mérite d’être entre toutes les mains.

Extraits : 

Ma peau caramel est souvent sommée de montrer patte blanche en déclinant son pedigree.

A coup sûr, un pauvre gars avait voulu faire son intéressant après avoir regardé un film de Clint Eastwood, un après-midi, au ciné Caméo, et en un rien de temps cette mode s’était propagée dans toute la ville comme une traînée de poudre. A Bujumbura, il y a deux choses qui vont vite, la rumeur et la mode.

Je trouvais le silence bien plus angoissant que le bruit des coups de feu. le silence fomente des violences à l’arme blanche et des intrusions nocturnes qu’on ne sent pas venir à soi.

La dernière page – Hollow West

 

La dernière page – Hollow West

Pourquoi ? Au départ, j’avoue que je n’étais pas forcément tentée par la lecture ; un masque surgit de nulle part nous vente son mystérieux roman. Je redoutais que derrière cette obscure promotion se cache un grand vide. Mais comme je suis un minimum curieuse, ce fut après la lecture des premières pages, que je me suis dit que j’allais continuer jusqu’à la dernière… On y va.

L’histoire : Roman le personnage principal, baiseur sans foi ni loi, aime et revendique les relations à usage unique. Bien dans son mode de vie, flanqué de son meilleur ami Miki, il ne voit pas pourquoi il devrait changer, jusqu’au jour où il rencontre Marline et que tout bascule et la liberté qu’il chérissait est rapidement remise en question.

Et alors ? Je dois quand même avoué que malheureusement la fin m’a été dévoilée en lisant un commentaire sur le roman. (donc évitez de trop en lire si vous êtes intéressé par La dernière page.) Ma lecture ne fut donc pas complètement enveloppée de mystère, mais tant mieux, car j’ai peut-être été plus attentive au style de l’auteur qui m’a agréablement surprise. Notamment pour dresser le portrait de Roman, avec la pointe de cynisme que j’affectionne tout particulièrement. Si bien, que j’ai déduit au cours de la lecture, que l’auteur ne devait pas être étranger aux sentiments de son personnage…. Caché derrière son masque, ne dévoilait-il pas ses propres dérives.. jusqu’à ce que je découvre que l’auteur est une femme ! Et c’est là la force, à mon sens, d’Hollow West. Au delà d’une idée originale (qui fera sans aucun doute cogiter lecteurs et auteurs que nous sommes) notre écrivain masqué se glisse facilement dans son personnage et dévoile, je l’espère sa capacité à changer de masque.

En bref : Des chapitres courts, du suspens sans être un thriller, une légère touche de fantastique, avec une réflexion en filigrane sur la société actuelle et notre libre arbitre, voilà ce que vous trouverez dans La dernière page.

Extraits :

C’est tout juste si on parvient encore à penser par nous-même ! Parce que ne vous leurrez pas, toutes nos idées, nos connaissances, nos principes moralisateurs, ce sont eux qui les ont insufflés ; ils ont semé la graine de la pensée globale, ont année après année, arrosé le sol fertile de notre conscience, puis une fois la fleur éclose, ils l’ont entretenue.

J’étais l’accessoire indispensable dans les mariages […]. L’éternel célibataire bien dans sa peau qui apporte un souffle d’extravagance à la conformité ringarde des cérémonies.

Pour trouver La dernière page d’Hollow West

https://www.amazon.fr/derni%C3%A8re-page-Hollow-West-ebook/dp/B074RLKTTT

Un sac – Solène Bakowski

Un sac- Solène Bakowski

Pourquoi ? Ce livre est un peu spécial pour moi, car c’est après sa lecture, que mon beau-père, m’a, de un encouragé à tenter l’aventure Kindle, et de deux à lire le roman évidemment. Alors avec un peu de retard, j’ai fini par ouvrir le sac…

L’histoire : Devant le Panthéon à Paris, une femme arrive avec un sac. Cette femme s’appelle Anna-Marie Caravelle et vous livrera son histoire, un parcours miné par la captivité, la prostitution et le triangle amoureux, avant de déposer le sac et son contenu.

Et alors ? Un roman noir à part, qui fait un petit pas de côté par rapport à ce qu’on a l’habitude de lire. La noirceur, vous en aurez, mais même aux pages les plus sombres, il ne basculera pas dans le trash. Il y a même des petites touches de lumière au fil des pages, légères et vite obscurcies.

Les personnages secondaires du roman sont en constant ballotage entre le meilleur et le pire. Animés d’une volonté de bien faire, de protéger, ils finissent par casser, saboter et donc de recevoir la monnaie de leur pièce. Quant à Anna-Marie, elle est née sans repère, munie d’une identité précaire, d’une figure maternelle liée à la folie et d’un reflet qui lui renvoie une énorme tâche en plein sur le visage. L’auteure ne cherche pas à lui trouver des excuses, mais elle peint avec finesse la marginalité d’Anna-Marie Caravelle.

Mon seul regret ; quelques passages qui m’ont parus jouer en accéléré, que j’aurais aimé voir décortiqués, mais l’ensemble reste logique puisque nous lisons les feuillets que noircit notre Anna-Marie avant de déposer le sac.

La fin vous retourne, et se profile dans les dernières pages ; on en devine les contours, mais elle vient s’abattre avec violence pour balancer dans une mélancolie implacable.

En bref : Un roman noir, de la finesse et de la folie qui se rencontrent dans un Paris sale et sublime.

Extraits :

J’aurais pu être morte, sa vie n’aurait pas été plus solitaire. Tel un pouvoir magique, elle réussissait à me refroidir tout entière dès que je la savais dans les parages.

Camille n’aimait pas souffrir. D’ailleurs, il ne souffrait jamais. Vraiment je veix dire. Enfin pas comme moi. Pas au même niveau. Je crois. En revanche, il aimait se persuader qu’il souffrait. Cela donnait de la consistance à son personnage d’auteur incompris.

Elle voudrait savoir qui, du monument gigantesque ou de l’homme minuscule, éclabousse l’autre et lui fait l’aumône d’un peu d’éternité.