Carthage – Joyce Carol Oates

Carthage – Joyce Carol Oates -2014

Pourquoi : Je ne vais pas me répéter, j’ai un faible pour cette auteure, alors quand en  plus le roman est chaudement recommandé par Kitou Lapeyre, on y va !

L’histoire : Cressida, la fille cadette de l’ancien maire est portée disparue. Tout porte à croire que c’est l’ancien fiancé de la soeur ainée qui a trempé plus que les mains dans cette sombre affaire… Oui mais…

Et alors ? Quand on lit le résumé, ‘Un soir de juillet à Carthage, Cressida Mayfield disparait…., on pense se trouver face à un thriller, mais je connais assez la grande dame pour affirmer qu’elle en affectionne les accroches pour accoucher de quelque chose de complètement différent.

Encore une fois, on décortique l’affaire de long en large et bien en travers. Vous voulez de la psychologie, ici on vous sert des portraits justes, détaillés à l’extrême. Comme dans de nombreux écrits de la dame, l’actualité sert de toile de fond. Ici nous sommes aux lendemains des attentats et donc au début de la guerre en Afghanistan et son lot de jeunes hommes partis s’engager pour défendre leur patrie. Le portrait de Brett, héros brisé, défiguré est édifiant.

Carthage est un bon cru, malgré un milieu qui tire vraiment en longueur.

La fin est surprenante, elle m’a bousculée, heurtée dans le sens où je n’étais pas vraiment en accord avec un personnage ; mais Joyce n’est pas là pour vous servir la fin attendue qui conviendra à tous, elle peint des portraits avec leurs failles et parfois leurs choix déroutants.

Les toutes dernières pages sont troublantes.

En bref : Oates observe avec minutie et ausculte les troubles des Etats-Unis.

 

Le club des punks contre l’apocalypse zombie. – Karim Berrouka

Le club des punks contre l’apocalypse zombie – Karim Berrouka -2017

Pourquoi ? Parce qu’Odehia Nadaco (auteure de A(i)mer et de Knysna pour ceux qui suivent.) a proposé de faire séjourner Le club des punks contre l’apocalypse zombie chez quelques lecteurs consentants. Comme je n’ai rien contre les punks et encore moins contre les zombies, j’ai proposé l’hospitalité à tout ce petit monde.

L’histoire : Après avoir quelque peu abusé de substances hallucinogènes, deux punks se réveillent, quelque peu comateux, pour faire face à une situation des moins trippantes ; les rues de Paries grouillent de zombies…

Et alors ?  Il m’a fallu quelques pages pour m’installer. Au départ, le style, familier et soigné, est aussi nerveux que les personnages principaux apathiques. Le temps de me raccorder, de découvrir quelques nouveaux énergumènes et je me suis retrouvée à l’aise.

Les deux premières parties m’ont scotchée. Un vent frais et poisseux souffle sur le thème éculé des zombies, avec des touches d’humour et de revendication entre deux dégustations de cervelle. Inviter les zombies à jouer les touristes dévastateurs à Paris pour se rendre compte que les seuls aptes à nous sauver sont des anarchistes pure souche (mais que font Bruce Willis et Jason Statham ??) est une idée de départ qui possède de belles racines.

Et puis franchement les zombies en haut de la Tour Eiffel ou dans les couloirs de France Télévision, c’est quand même la classe. L’humour fonctionne bien, notamment dans les rencontres improbables : le punk coincé dans les locaux du Médef ou une autre avec un illuminé qui se croit être le prochain maitre du monde.

Des petits bémols cependant. Je pense vraiment que le roman aurait gagné à être plus court. (j’ai eu un peu de mal avec les passages sur les hallucinations et les visions des punks, même si je comprends qu’elles soient justifiées pour l’histoire.) Et j’aurais peut-être aimé des personnages secondaires plus nuancés, moins catégorisés ; les patrons et l’armée sont les gros méchants, les anarchistes les éclaireurs, les femmes et les enfants à défendre. C’est sûr il y a du message à faire passer, qu’on va me dire.

En bref : Du hors-norme qui titille le déjà vu. Un roman au ton jeune qui revendique et qui jute quelque peu.

Extraits :

Sur le parvis, autour des quatre pieds de la tour, la scène n’est pas des plus joyeuses. ça a dû se friter sec dans les étages lors des premières heures de la zombiemania. Résultat, un nombre conséquent de corps sont passés par dessus bord, et ce malgré les filets de sécurité qui ont cédé en plusieurs endroits.

L’histoire la moins macabre, et probablement la plus étrange parce qu’elle ne semble inspirée par aucune peur ni menace biblique ou sociétale, est celle de la croisade de l’amour. L’amour… Un mot qu’Eva et Kropotkine n’ont plus entendu depuis de lustres. Enfin, Eva si, mais il sonnait comme une insulte, un ultimatum.

Les larmes noires sur la terre – Sandrine Colette

Les larmes noires sur la terre – Sandrine Collette – 2017

Pourquoi ? Parce que je l’aime bien la Sandrine Collette…. alors je progresse dans la lecture de ses romans, et c’est au tour des Larmes noires sur la terre.

L’histoire : Dans un futur proche, Moe a quitté une île paradisiaque pour la vie parisienne. Sauf qu’elle n’a pas misé sur le bon partenaire ; entichée qu’elle est avec un homme brutal et alcoolique. Elle réussit tout de même à prendre le large, avec son bébé dans les bras… mais c’est pour mieux retomber encore plus bas. Elle est emmenée par les services sociaux pour être logée dans la casse.

Et alors ? Glaçant cette casse où sont parqués tout ce que la société a décrété comme rebut. Une solution pour la sérénité des uns, une voie sans issue pour les mal lotis, qui créent leur micro-société dans cette prison en plein air.

Quand Moe débarque dans la casse et rencontre les cinq femmes qui vont devenir ses protectrices, j’ai eu quelques difficultés à me les représenter, cinq personnages nouveaux, et à mon avis trop vite balayé. Heureusement, la suite du livre donne la parole à ces destins manqués.

J’ai beaucoup aimé le roman, même s’il manque un je ne sais quoi pour le rendre peut-être plus percutant et dérangeant. Je n’adhère pas toujours au voyeurisme et à la surenchère, mais ici, il manque peut-être cette noirceur crasse pour que le roman colle un peu plus à la peau. L’auteure laisse sans doute le lecteur le choix de se représenter ou non l’insoutenable.

Quelques phrases à rallonge viennent caresser le style brut de l’auteure. Sandrine Collette se peaufine… Elle est, à mon avis, à deux doigts de nous délivrer un chef-d’oeuvre.

A bientôt pour une nouvelle lecture.

En bref : Noirceur accessible pour une mise en lumière d’une société qui rejette les gens secourables.

Extraits :

Personne ne lui a demandé de raconter. Passé le premier réflexe, quand les filles ont vu l’effroi sur son visage et les larmes noires dans la terre, elles se sont tues.

[…] est-ce que ce n’est pas ce qu’elles se disent pour tenir les jours de chagrin, les petits jours, elles les appellent, avant que la dureté de l’existence les remette en avant pour de bon, et qu’elles tendent les mains pour se les claquer entre elles comme un salut en retour, je suis là tout va bien.

 

Les loyautés – Delphine de Vigan

Les loyautés – Delphine de Vigan – 2018

Pourquoi ? Parce que j’aime bien le style de la dame, même si la lecture achevée, il faut se réinjecter une bonne dose de pensées vivifiantes pour revoir la vie en couleurs. Vous l’aurez compris, le roman épongera votre côté sombre ou vous y plongera complètement.

L’histoire : Une palette de personnages, deux ados qui s’essaient à l’alcoolisme, une enseignante à l’affût des signes de mal être d’un de ces élèves et une mère de famille dont l’esprit présente quelques petites anomalies.

Et alors ? Le style De Vigan, c’est tout doux et confortable brassé avec grande tristesse. La lecture est rapide, 200 pages bien aérées, avec une histoire qui pousse à tourner les pages. Certains lecteurs diront que c’est trop court (n’est-ce pas Emilie ?). Personnellement, j’aurais pu connaitre quelques difficulté à être plongée trop longtemps dans cette ambiance où chaque personnage a envie de tout laisser couler.

Jo Rouxinol, en parlant de sa lecture, avouait avoir retenu sa respiration par peur du faire du bruit, je la comprends. Un éventail de mots choisis, des formulations poétiques et on a presque l’impression de flotter ou d’être en apnée, c’est selon.

Je ne peux pas le cacher, c’est mon caractère, j’aurais bien secoué certains personnages.  Ils nagent dans leur mal-être en tournant en rond et il ne manquait plus que je renverse le bocal. Cette remarque ne concerne pas les ados, victimes des adultes qui leur trace un chemin tout droit vers la déprime. On comprend mieux ces deux jeunes qui brouillent leur réalité en buvant.

Ce sont des tranches de vie malheureuses, un résultat de beaucoup de choses qui auraient pu être évitées. Nous arrivons quand plus grand chose ne semble pouvoir être sauvée.

Alors vous allez me dire, mais t’es bien abattue après cette lecture ? Oui un peu, même si je peux dire que j’aie aimé Les Loyautés.

En bref : C’est presque un état des lieux poétique d’une somme de désillusions et de grandes claques.

Extraits :

Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu’on attendait de lui. Mots délivrés au compte-gouttes, expression neutre, regard baissé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s’est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse.

Un soir, le journal télévisé a diffusé un reportage sur une marée noire provoquée par un accident de pétrolier. […] et j’ai aussitôt pensé à nous tous, ces images nous représentaient mieux que n’importe quelle photo de famille. C’était nous, c’étaient nos corps noirs et huileux, privés de mouvement.

Laissez entrer le miracle dans votre coeur – Frédéric Soulier

Laissez entrer le miracle dans votre coeur – Frédéric Soulier

Pourquoi ? J’ai toujours voulu faire une apparition, même furtive, dans les écrits d’un auteur. Bon je me suis fait refoulée à de nombreuses reprises. Marc Levy affirmait que j’étais boudinée dans une robe rouge à pois, quant à Maxime Chattam, il m’a certifié que je ne courais pas assez vite pour ma vie et que je ne me parlais pas assez à moi-même quand un tueur sanguinaire voulait ma peau… Heureusement Frédéric Soulier a juste validé ma candidature et le miracle est arrivé…

L’histoire : Le miracle, c’est Joslyn, le fruit supposé d’un viol, doté du jour au lendemain de pouvoirs de super-héros alors qu’il a à peine atteint la majorité. Est-il une nouvelle icône, un imposteur, une menace, celui qu’on attendait ou celui qui pourrait tous nous faire flamber ?

Et alors ? La nouvelle se compose d’articles, de propos rapportés par des gens plus ou moins proches du miracle, des fragments, des impressions des uns et des autres qui servent de socle pour un questionnement plus large.

L’ordre chronologique n’est pas respecté, cela ne nuit en rien à la compréhension et apporte une bonne dynamique à la lecture. Le format de la nouvelle est nickel, et je vous conseille (tout comme l’auteur) de la lire en un, voir deux jours.

Nous restons dans un certain flou quant à la genèse de l’énergumène, puisqu’ici on se préoccupe avant tout de l’impact. La parole est donnée aux adorateurs, aux septiques, aux rescapés et à ceux qui sont passés à côté de leur sauvetage. Le pouvoir du miracle amène le merveilleux ainsi que, emmerdements et réclamations.

Quant au final de la nouvelle, il est évidemment à la hauteur du phénomène.

Allez si je dois donner une seule chose qui m’a dérangée. Le titre. Eh oui j’ai du mal avec les titres de plus de six mots, c’est comme ça.

Je tiens aussi à préciser que je ne défends pas la nouvelle parce que j’y fais une apparition. Je ne me serais pas fendue d’un commentaire aussi long.

En bref : Dans cette nouvelle, l’auteur compile différents points de vue, d’angles de réflexion  : donner au lecteur des pistes sans le pourvoir d’un GPS.

Pour le trouver : https://www.amazon.fr/Laissez-entrer-Miracle-votre-coeur-ebook/dp/B0787BP7HM/ref=la_B00NRCWXOY_1_3?s=books&ie=UTF8&qid=1515853372&sr=1-3

La servante écarlate – Margaret Atwood

La servante écarlate – Margaret Atwood – 1985

Pourquoi ? Je ne vais pas me la jouer originale, mais la sortie de la série et la mise en avant dans les rayons librairie m’ont poussée vers la lecture.

L’histoire : Un partie dominant profite de la fécondité en berne pour grignoter les libertés. Une voie royale pour une nouvelle dictature… Nous suivons la vie de Defred dont l’unique fonction est de louer son ventre pour couver la progéniture de son commandant.

Et alors ? Pas mal, pas mal du tout…. Alors je mets juste en garde les lecteurs quant à la quatrième de couverture qui (encore une fois) peut se révéler trompeuse avec elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. J’étais aux trois-quarts du livre (pourtant loin d’être ennuyeux) que je n’avais pas vu l’ombre d’une fuite. Le roman n’est pas haletant, c’est une dystopie dans toute sa sombre splendeur, un terreau à réflexion. Notre héroïne presque résignée est coincée dans une prison où les barreaux sont faits d’ennui où tout le temps lui est offert pour penser à sa vie d’avant et comment a t-elle fait pour ne pas voir tout ça arriver ?

Le roman a été écrit en 1985 et nous dépose dans un futur hypothétique aux Etats-Unis où des fanatiques religieux sont aux commandes. Peut-être que comme moi, vous aurez du mal à vous représenter ce futur où on ne trouve aucune trace de la révolution Internet ou encore de notre tendance à l’hyperconnectabilité.  Ici, c’est retour à l’âge de pierre, société archaïque où tout est contrôlé par les Yeux et chaque pas de travers condamné de façon expéditive par pendaison. Je préfère parler de futur parallèle qui met en avant les dangers liberticides qui nous guettent à chaque coin de notre société : l’interprétation sans filtre des textes religieux ou encore la censure à outrance.

J’ai aimé ce livre, j’ai aimé le style de l’auteure que je ne connaissais pas du tout. (Et si certains en ont lu d’autres romans de Magaret Atwood, qu’ils se manifestent !) Deux petites choses ont toutefois rendues ma lecture moins aisée. Les passages au présent sont souvent truffés d’allers-retour vers un passé plus ou moins proche. Quant aux marques de dialogue, elles sont quasiment inexistantes.

Nous retrouvons comme dans 1984 de Georges Orwell cette impossibilité pour les citoyens de communiquer entre eux, de se parler, de se toucher, d’évoquer des sentiments, d’être humain…. Et je ne suis peut-être la seule à avoir ressenti ce rapprochement quand le commandant réclame un vrai baiser qui m’a fait penser au mot que reçoit Winston Smith de la part de  Julia. Un petit bout de papier qui déclare simplement je vous aime et qui résonne comme un acte de rébellion. Parce qu’au final, quoi de mieux pour une dictature que de s’imposer parmi des robots ?

En bref : Un roman de 1985 remis sur le devant de la scène qui interpelle, fait froid dans le dos.

 

Extraits :

Je manque m’étouffer : il a prononcé un mot interdit. Stérile. Un homme stérile, cela n’existe plus, du moins officiellement. Il y a seulement des femmes qui sont fertiles et des femmes improductives, c’est la loi.

[…] le petit tatouage sur ma cheville. Quatre chiffres et un œil, un passeport à l’inverse. Il est censé garantir que je ne pourrai jamais me fondre définitivement dans un autre paysage. Je suis trop importante, trop rare pour cela. Je suis une ressource nationale.

J’admirais ma mère à certains égards […] Elle s’attendait à ce que je fasse l’apologie de sa vie et des choix qu’elle avait faits. Je ne voulais pas vivre sa vie selon ses exigences. Je ne voulais pas être le rejeton modèle, l’incarnation de ses idées. […] Je ne suis pas la justification de ton existence, lui ai-je dit un jour.

Dans le jardin de l’ogre – Leila Slimani

Dans le jardin de l’ogre – Leila Slimani

Pourquoi ? Parce qu’il m’a été recommandé et Chanson douce tardant à sortir en poche, j’avais envie de me jeter sur le premier roman de Leila Slimani. C’est parti !

L’histoire : Adèle est dépendante aux relations sexuelles. Elle vit en déséquilibre complet entre ses besoins et la façade qu’elle entretient avec son mari et son fils.

Et alors ? D’abord troublée par le style clinique des première pages, parfois une énumération d’actions, un journal de bord, distant, sans émotion. Et une fois cette première impression passée, je me suis accommodée et j’ai été conquise par la froideur de ce roman qui traite d’un sujet plutôt chaud.

On ne trouve pas Dans le jardin de l’ogre ce qui inonde le rayon érotisme des grandes librairies. Adèle est maigre et sèche et elle cumule les rapports, parfois brutaux. Le champs lexical lié aux plaisir est mis à l’écart, les notions de désir et de jouissance, quasiment inexistantes. Le sexe, pour Adèle, est un besoin qui la salit, qui l’écarte du bonheur, qui ne la comble même pas.

Des lecteurs seront exaspérés par les comportements des personnages. Celui d’Adèle, terriblement fragile, à l’instinct maternel précaire, mais d’un pragmatisme absolu quand il s’agit d’organiser ses plans culs. Ou encore celui du mari qui ne se rend compte de rien, aveugle consentant, presque niais à vouloir un bonheur trop simple. Je comprends, j’ai eu ce genre de réaction pour ces deux personnages, et pourtant j’ai été séduite par le style de Leila Slimani. A bientôt pour Une chanson douce…

En bref : Chronique d’un plaisir devenu maladie.

Extraits :

En devenant mère et épouse, elle s’est nimbée d’une aura de respectabilité que personne ne peut lui enlever. Elle s’est construit un refuge pour les soirs d’angoisse et un repli confortable pour les jours de débauche.

Elle ne se souvient de rien de précis, mais les hommes sont les uniques repères de son existence. A chaque saison, à chaque anniversaire, à chaque événement de sa vie, correspond un amant au visage flou. Dans son amnésie flotte la rassurante sensation d’avoir existé mille fois à travers le désir des autres.

Survivant – Chuck Palahniuck

(4 / 5)

Pourquoi ? Envie de retrouver la plume déjantée de l’auteur. Fight club et quelques nouvelles de A l’estomac, étant de purs joyaux, Survivant en est peut-être un ? Verdict.

L’histoire : Tender Brandon est seul dans un avion, qu’il a lui même détourné, et attend que le dernier réacteur rende l’âme pour se crasher. En attendant une mort inéluctable, il livre les détails de sa vie hors norme à la boite noire. Son histoire : esclave des temps modernes, issu d’une famille enchainée docilement à une secte les Creedish. Suite aux suicides en masse de tous les adeptes, il se verra propulser au rang de sauveur ultime, le tout orchestré par les médias.

Et alors ? Tellement de choses débordent de ce roman, que c’est bon, mais c’est aussi trop… et malheureusement, j’ai dû faire quelques raccords. je m’explique.

Le début nous donne à saliver, la narrateur nous promet une histoire hors norme et la pagination nous met dans l’ambiance, on va assister à un compte à rebours. (même si je conçois la notion de compte à rebours concernant le crash, mais le reste de l’histoire est quant à elle bien linéaire, avec quelques sauts dans le passé.) enfin bref.

Je me suis régalée avec la première partie. Nous faisons connaissance avec Tender Branson, esclave des temps modernes. Il est « employé » par un couple de riches dont la seule préoccupation est d’avoir une maison qui brille de mille feux et de savoir comment décortiquer correctement un homard. Les trouvailles et les détails abondent et là, je retrouve mon Chuck adoré, décalé avec une minutie dans les descriptions notamment quand il nous explique comment nettoyer toutes sortes de tâches (j’ai même failli avoir une envie de faire du ménage pour vous dire…)

Tender est maniaque, obsessionnel, mais il est surtout entouré de plus cinglés que lui. Il est suivi par une assistante sociale barjot, il rencontre une jeune femme Fertilité, à la limite de la folie. Et quand suite au suicide collectif de toute la secte dont il faisait partie, ainsi que de l’assassinat et/ou suicide des restants, Tender devient un Dieu vivant, grâce à l’aide des médias, il est épaulé par un agent qui a franchi depuis longtemps les frontières de la folie.

Quand on lit du Palianick, il faut accepter qu’aucun personnage ne tourne rond et que ce grand n’importe quoi donne un énorme pamphlet contre notre société moderne. La nécessité des gens à vouloir croire en quelqu’un de supérieur, et quand religion et médias s’associent ils n’engendrent qu’excès à la limite d’un fanatisme crétin. La surconsommation, le diktat de la beauté, le culte bêtifiant, tout ça est passé sur le grill où suintent avec bonheur le cynisme et l’humour noir. Je ne peux qu’adhérer aux idées du livre, à ce qu’il dénonce… mais il faut sacrément s’accrocher pour ne pas perdre le fil.

Notamment entre la première et la deuxième partie, quand Tender passe d’esclave au rang de protecteur superstar. C’est presque un virage que je n’ai pas vu venir, et j’ai eu l’impression de courir pour rattraper le train. (alors que le protagoniste est dans un avion me direz-vous.) J’ai failli abandonner les dernières pages, ce que j’aurai fait si on ne m’avait pas promis une touche finale renversante.

Je mets quand même quatre étoiles pour l’imagination sans limite de l’auteur, et même si son roman est parfois un foutu bordel, il écrit des choses terriblement éclairées. (voir les extraits…)

En bref : Un drôle de petit roman que je trouve à la fois génial et un peu compliqué à suivre. L’auteur est comme un chien fou ayant bien du mal à canaliser son imagination qui grandit de façon exponentielle devant tous les bâtons que la société moderne lui lance.

Extraits :

Les gens n’aiment pas qu’on mette de l’ordre dans leur vie. Personne ne veut voir ses problèmes résolus. Ses drames, ses égarements, ses histoires réglées, sa vie débarrassée de ses merdes. Sinon, que resterait-il à tout à chacun ?

La clé du salut, c’est la quantité d’attention que vous recevez. la grandeur de votre image. Votre part de marché. Votre visibilité publique. la reconnaissance de votre nom. Votre suivi presse. Le bouche à oreille.

Le miracle que j’ai à ma disposition est tellement grand qu’il faudra jusqu’au dernier policier de cette ville pour empêcher les foules de me tuer. Chose que je n’ai pas dit à l’agent. je ne lui dis pas que c’es bien là l’idée. Les policiers auront les mains tellement pleines à essayer de me garder en vie […] Détail que je ne précise pas à l’agent.

Petite soeur mon amour – Joyce Carol Oates

Petite Soeur mon amour – Joyce Carol Oates – 2008
(4,5 / 5)

Pourquoi ? Parce que Joyce Carol Oates qui tricote minutieusement autour d’un sordide fait divers ne pouvait qu’attirer mon attention. Et c’est parti !

L’histoire : Une trop jeune princesse de la glace se fait assassiner. L’enquête patine (désolée pour le jeu de mot) et les tabloïds glissent sur l’affaire pour vendre. Une terrible occasion pour l’écrivain américain de salir tout ce petit monde qui gravite autour de notre jeune victime : parents, organisateurs de concours, médias, tous ces adultes qui exploitent les enfants pour briller par procuration…

Et alors ? Une histoire qui ne nous laisse pas de glace (je vous promets c’est le dernier jeu de mots) Plus sérieusement, avant de s’attaquer à ce pavé, il convient de parler de ce fait divers qui a servi de petite graine pour l’imagination fertile de Madame Oates. En 1996 une mini miss  est retrouvée morte, ligotée et violentée dans la cave de la maison familiale. L’affaire ne sera jamais résolue. Oates s’empare de ce point de départ pour nous donner sa version à elle. Dérangeant évidemment, puisque l’auteur nous offre une fin à une affaire non résolue ! Mais cette histoire, dont les racine proviennent de faits réels et qui sont par la suite trafiqués, rafistolés, agencés pour faire nous livrer une oeuvre militante et terriblement cynique.

C’est par le regard de Slyler, le frère ainé, que nous est servi l’anatomie du drame. Ses pensées sont parfois hachées, répétitives. Certains chapitres se résument à une phrase, une pensée, une remarque. Il y a de nombreuses phrases longues, décousues, avec un recours à l’annotation pour nous abreuver de détails. La ponctuation est quant à elle largement utilisée, sous toutes ses formes. Une parfaite illustration de l’esprit dérangé du narrateur qui parfois s’embrouille et s’en excuse. Est-il lui même au courant de tout ? Est-il bien conscient de tout ? Il regarde de loin ces adultes qui cherchent leur propre gloire au travers de leurs enfants.

En bref : Oeuvre glaçante sur les enfants star, miroir inconscient des rêves d’adultes.

Extraits :

Au lieu de la vilaine et quelconque Edna Louise, ce fut Bliss, belle et transfigurée, qui fit ses début dans le patinage, âgée de quatre ans, à la patinoire Meadowlands par un soir de neige et de vent, le jour de la Saint Valentin 1994. Maman pleura de reconnaissance quand les responsables de bouts de chou acceptèrent de procéder à un changement de nom de dernière minute moyennant une simple amende de cinquante dollars.

Ce matin-là, sachant apparemment qu’il ne se retournerait jamais dans l’école privée ‘prestigieuse’ ‘fermée ‘ où Skyler avait -enfin !-  acquis la réputation d’être, sinon ‘normal’ du moins pas incurablement ‘bizarre’ : car l’éclat de la célébrité de sa soeur projetait sur lui une lueur lunaire flatteuse, et il était devenu courant que les filles les plus populaires de l’école […] l’abordent pour lui poser des questions passionnées sur Bliss. Sans parler de l’éclat additionnel de la distinction HPI, qu’il allait perdre à jamais.

Lunar Park-Bret Easton Ellis

 

Lunar Park – Bret Easton Ellis – 2005
(5 / 5)

Pourquoi ? L’oeuvre d’un sulfureux auteur américain, affublé du titre de meilleur roman pour Lire en 2005, ne pouvait qu’attirer mon attention. Allons-y !

L’histoire : Bret Easton Ellis use de l’autofiction pour se mettre en page. Il se décrit comme dépendant aussi bien à la vie frelatée qu’aux drogues en tous genres, en passant une propension démesurée au sexe. Suite au décès de son père, l’auteur décide néanmoins de se ranger et d’adhérer au schéma idéal avec femme et enfant. Mais ses ambitions de retour à la case normale sont vite mises à mal par les personnages de ses romans et de son passé qui veulent faire voler en éclat la vie idéale dont il rêvait.

Et alors ? Complètement retournée par la première partie. Ellis se caricature à outrance ou plutôt livre le portrait que les gens ont dressé pour lui. Est-il réellement maitre de son image ? La partie autobiographique (arrangée à l’excès) laissera ensuite la place à la fiction ; Bret s’imagine enfin rangé et brode une histoire avec quelques fils de vérité. (Il n’est pas forcément des plus optimistes.) En se mettant en scène, il en profite pour égratigner la société, la façon dont nous survolons les catastrophes dans le monde pour mieux nous plonger dans le futile. Les enfants drogués dès le plus jeune âge pour qu’ils rentrent dans le cadre voulus par leurs parents eux-mêmes accros à ce qu’ils pensent pouvoir les rendre meilleurs. Et avec en toile de fond de sombres histoires de disparition et de meurtres. Bret est-il réellement innocent dans le cauchemar qui commence à prendre forme autour de lui.

Pour lire Lunar Park, il faut adhérer au style de l’auteur, phrases longues, parfois une foule de détails concernant les décors luxueux, ainsi qu’un humour froid dans lequel nous trouvons une mélancolie résignée.

Le lecteur peut-être surpris, car Bret Easton Ellis semble changer de genre en cours de roman, autobiographie, satire de la société pour terminer en ce qui ressemblerait à la fin d’un roman de Stefen King avec une part de fantastique. Déroutant, mais pas dérangeant pour apprécier cet excellent roman, plus complexe qu’il n’y parait.

En bref : si vous n’avez rien contre l’humour noir et blasé, parfois cru, d’un auteur en proie avec la superficialité du monde qui l’entoure, allez-y.

Extraits :

Interférence du jour : il me fallait trouver une phrase pour la promo d’un livre banal et inoffensif, écrit par une connaissance à New-York, encore un roman médiocre et poli (La plainte du millepatte.) qui allait obtenir quelques critiques respectables et puis être oublié à jamais. La phrase que j’ai fini par concevoir était désinvolte et évasive, une suite de mots si vagues qu’elle aurait pu s’appliquer à n’importe quoi : je ne pense pas être tombé sur une oeuvre aussi résolument tournée sur elle-même depuis des années.

La lecture des journaux n’a fait que réveiller ma peur. De nouvelles enquêtes donnaient des statistiques atroces sur à peu près tout. Les preuves apportées suggéraient que nous n’allions pas bien. Les chercheurs en convenaient sinistrement. […] La population était déconcertée et pourtant s’en fichait.

Ecrivain, il m’était plus facile de rêver du scénario le plus enviable que celui qui venait de se dérouler en fait.