Le rêve dévoré – Jo Rouxinol

Le rêve dévoré – Jo Rouxinol – 2018

Pourquoi ? Parce que le roman m’a été ‘vendu’ des étoiles plein les yeux par quelqu’un qui se reconnaitra.

L’histoire : Clarisse est une ado, un cas à problèmes, qui chahute la vie de ses professeurs et de ses parents. Elle répond à l’incompréhension des adultes qui l’entourent par la violence. Son seul refuge, une relation virtuelle avec un certain Sergio…

Et alors ?

Ce n’est pas un livre à suspens, et pourtant il y a du rythme. Quelques flash back annoncent la cicatrice de Clarisse, celle qui suinte quand elle ne peut plus réprimer sa fureur.

Ce n’est pas non plus une romance, et pourtant de l’amour, de la déraison il y en a. Avec, je trouve, un risque, un contre courant pris par l’auteure que je salue.

Ce n’est pas non plus un road trip. Même si on voyage et que le Portugal s’inscrira dans vos envies d’évasion.

Le rêve dévoré ne rentrera pas dans une case, mais sautera à pieds joints dans plusieurs.

J’ai retrouvé la plume confortable de Jo, entre douceur et mots qui frappent. Ici encore, elle utilise la narration à la première personne, comme elle l’avait fait pour Le carnaval des illusions. On est dans la tête de Clarisse, ses réactions imprévisibles, tranchées, brutales.

J’ai simplement trouvé que les deux personnages principaux mettaient du temps à percer leur bulle paradisiaque. C’est juste un détail, et leur destin fissuré explique sans doute la distance qu’ils mettent avec le monde des adultes.

En bref : C’est l’histoire d’une parenthèse enchantée, rongée par la réalité. Elégant et brutal.

Extraits : 

Ma vie se résume à ça, des adultes qui parlent de moi, qui veulent me faire entendre raison, me pousser dans les rangs […] c’est bien, on ne te distingue presque plus au milieu de la foule, bravo ma fille, dissous-toi, dilue-toi.

La Baixa est un quartier relativement récent, comme le montre son tracé géométrique qui résulte d’une volonté délibérée, toute politique, plutôt que d’une histoire séculaire.

Je refusais tout passage à l’écrit. Noircir des pages me coûtait, tracer des lettres était une tâche laborieuse, fastidieuse et surtout parfaitement inutile.

Les loyautés – Delphine de Vigan

Les loyautés – Delphine de Vigan – 2018

Pourquoi ? Parce que j’aime bien le style de la dame, même si la lecture achevée, il faut se réinjecter une bonne dose de pensées vivifiantes pour revoir la vie en couleurs. Vous l’aurez compris, le roman épongera votre côté sombre ou vous y plongera complètement.

L’histoire : Une palette de personnages, deux ados qui s’essaient à l’alcoolisme, une enseignante à l’affût des signes de mal être d’un de ces élèves et une mère de famille dont l’esprit présente quelques petites anomalies.

Et alors ? Le style De Vigan, c’est tout doux et confortable brassé avec grande tristesse. La lecture est rapide, 200 pages bien aérées, avec une histoire qui pousse à tourner les pages. Certains lecteurs diront que c’est trop court (n’est-ce pas Emilie ?). Personnellement, j’aurais pu connaitre quelques difficulté à être plongée trop longtemps dans cette ambiance où chaque personnage a envie de tout laisser couler.

Jo Rouxinol, en parlant de sa lecture, avouait avoir retenu sa respiration par peur du faire du bruit, je la comprends. Un éventail de mots choisis, des formulations poétiques et on a presque l’impression de flotter ou d’être en apnée, c’est selon.

Je ne peux pas le cacher, c’est mon caractère, j’aurais bien secoué certains personnages.  Ils nagent dans leur mal-être en tournant en rond et il ne manquait plus que je renverse le bocal. Cette remarque ne concerne pas les ados, victimes des adultes qui leur trace un chemin tout droit vers la déprime. On comprend mieux ces deux jeunes qui brouillent leur réalité en buvant.

Ce sont des tranches de vie malheureuses, un résultat de beaucoup de choses qui auraient pu être évitées. Nous arrivons quand plus grand chose ne semble pouvoir être sauvée.

Alors vous allez me dire, mais t’es bien abattue après cette lecture ? Oui un peu, même si je peux dire que j’aie aimé Les Loyautés.

En bref : C’est presque un état des lieux poétique d’une somme de désillusions et de grandes claques.

Extraits :

Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu’on attendait de lui. Mots délivrés au compte-gouttes, expression neutre, regard baissé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s’est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse.

Un soir, le journal télévisé a diffusé un reportage sur une marée noire provoquée par un accident de pétrolier. […] et j’ai aussitôt pensé à nous tous, ces images nous représentaient mieux que n’importe quelle photo de famille. C’était nous, c’étaient nos corps noirs et huileux, privés de mouvement.