Esprit d’hiver – Laura Kasischte

Esprit d’hiver – Laua Kasischte

Pourquoi ? On me dit que cette auteure maitrise le suspense sans meurtre, ni disparition inquiétante ? Serait-elle la petite soeur de Joyce Carol Oates ? A voir, à lire !

L’histoire : Holly prépare le repas de Noël, alors que le blizzard entraine le désistement de ses invités et que sa fille, Tatiana, vient régulièrement dans la cuisine entretenir les hostilités.

Et alors ? Terrible huis-clos qui met en scène les relations enneigées entre une mère et sa fille adoptive. Holly, la mère s’est réveillée avec une certitude et cette phrase tournoie tout au long de la lecture « Quelque chose les aurait suivis depuis la Russie jusque chez eux. » Russie, en Sibérie plus précisément, là où ils sont revenus de l’orphelinat avec la petite Tatiana devenue aujourd’hui une belle adolescente.

Nous suivons les longues heures de préparation d’un repas qui n’aura pas lieu. Alors que la table de Noël est abandonnée par les invités, les souvenirs de Holly refont surface ; des détails, des images viennent puis reviennent quelques pages plus loin avec un éclairage différent. Certains lecteurs se régaleront de ces flashback, d’autres y verront un ralentissement dans l’intrigue. Ils apportent pourtant au roman une saveur particulièrement glaçante.

Au tout départ, j’ai eu un peu de mal à être séduite, je ne comprenais pas ces relations tendues entre mère et fille à cause de détails insignifiants. Je doutais aussi de ne pas être à l’aise avec les quelques touches surnaturelles qui surviennent au milieu du roman. Et pourtant…

Le portrait de Holly s’ancrera dans ma mémoire de lecteur, même si j’avoue qu’il m’a manqué un petit quelque chose dans l’écriture de Laura Kasischte. Aucune poésie, ni fioriture. Les événements et les questionnements qu’ils soulèvent suffisent, me diront certains. Oui mais quelques jolies pirouettes littéraires auraient contribué encore plus à mon bonheur !

En bref : Une lecture addictive sans être un thriller.

San-Antonio chez les Mac – Frédéric Dard

San Antonio chez les Mac – Frédéric Dard 1974

Pourquoi ? Parait que le style Frédéric Dard, c’est un peu un passage obligé, alors quand on se retrouve dans une librairie en vacances avec toute une palette de San Antonio, il est temps de faire son choix…

L’histoire : Quelques gorgées de whisky foutent en l’air une soirée mondaine. San Antonio est dépêché sur les lieux, puis réquisitionne son fidèle acolyte pour un périple en Ecosse.

Et alors ? Les bons mots et les phrases délicieuses de l’auteur écrasent l’histoire en elle-même. Le pourquoi du comment de l’enquête n’offre que très peu de surprises.

Les jeux de mots sont plus nombreux que les cadavres et les parties de jambes en l’air sont décrites avec une accumulation abracadabrantesque de positions haute voltige. La nuance est mise de côté, les personnages sont caricaturaux à l’extrême donnant ainsi lieu à quelques comparaisons truculentes qui ont réussi à me faire éclater de rire. (3-4 fois dans la lecture, c’est déjà pas mal.)

Je ne pourrais pas aligner une dizaine de San-Antonio à la suite, mais je viendrai à nouveau saluer notre Frédéric Dard d’ici quelque temps ; peut-être dans un autre registre, sans son célèbre San Antonio.

En bref : Quand l’enquête ne fait pas le poids face au style.

Du domaine des murmures – Carole Martinez

Du domaine des murmures – Carole Martinez – 2011

Pourquoi ? Il m’attendait depuis un petit bout de temps celui-là. Alors voilà.

L’histoire : Au Moyen-Age une jeune fille bien née, préfère un isolement voulu au lieu d’un mariage forcé. Son écran vers le monde ? Une fenestrelle minuscule. Emmurée avec pour seule occupation la prière, Esclarmonde ne s’attendait pas à l’impact sur la vie de son domaine et bien au-delà.

Et alors ? Une lecture appréciée où la rencontre entre le conte et le roman aux allures historiques est réussie. Malgré une légère appréhension de suivre la vie d’une recluse, l’ennui ne m’a jamais guettée. Le style raffiné, la plongée en plein moyen-âge où les croyances et les superstitions diverses gouvernaient le quotidien de chacun m’ont attisée tout au long de la lecture.

De petits points noirs cependant. J’avoue avoir moins accroché au côté surnaturel ou spirituel, c’est selon, qui occupe une place plus large dans la seconde partie du roman quand l’esprit d’Esclarmonde se projette dans celui de son père. Et certains personnages, notamment Lothaire m’ont parue, extrêmes, caricaturés à la limite du ridicule.

En bref : Un style raffiné pour mettre en lumière le destin de celles qui se voulaient dans l’ombre.

Sukkwan Island – David Vann

Sukkwan Island – david Vann – 2010

Pourquoi ? Gallmeister, Gallmeister, la maison d’édition dont on ne cesse de ma vanter la qualité des romans…. Faut que je m’en mette un sous la dent tiens ! Alors quand Jo me dit qu’elle en a eu le souffle coupé avec celui là, je pars à Sukkwan Island

L’histoire : Suite à une remise en question globale, Jim s’isole une année avec son fils de treize ans au sud de l’Alaska. Dans une cabane isolée, conifères et saumons glacés….

Et alors ? Mon libraire m’avait prévenue, attention, c’est glauque et il a sans doute ajouté froid… Bon de toute façon, j’avais envie de me faire congeler un bon coup. (Je tiens à signaler que la place trouvée dans mon congélateur pour le roman ne sous-entend nullement que je l’ai pas aimé, si c’était le cas, je ne m’amuserai pas à la mise en scène.) Enfin bref, je me sentais partie pour exploiter tout le champ lexical du froid, mais je vais faire autrement. Le roman se joue en deux temps. La première nous révèle l’amateurisme (et/ou l’égoisme ?) d’un père se frottant à une expérience extrême pour soi-disant se sauver de ses propres démons.  J’ai eu pitié pour son fils volontaire aux gamelles, sans doute convaincu d’apporter à son géniteur un peu de paix intérieure.

La mi-roman pourrait sonner comme un épilogue tragique, mais elle nous ouvre en réalité un nouvel épisode des plus lugubres…

Sukkwan Island me laissera quelques engelures et je lui trouve une place dans la catégorie des romans qui m’ont marquée, même s’il m’a manqué un petit quelque chose au niveau des personnages.. Beaucoup de non-dits entre père et fils, une place importante accordée au silence.

En bref : Un roman glacé, où le décor – personnage à part entière – est un spectateur du drame.

Les Ritals – François Cavanna

Les Ritals – François Cavanna – 1978

Pourquoi ? Parce que, après le très apprécié Lune de miel, j’ai pris rendez-vous avec Les Ritals.

L’histoire : Cavanna nous livre des fragments de son enfance et de son adolescence dans le quartier Sainte-Anne.  La naissance de son désir d’écrire, son statut de fils d’immigré italien, ses premiers émois, le tout est livré sous forme de chroniques.

Et alors ? Bon, je le dis tout de suite, je n’aurais peut-être pas dû aligner deux romans du même auteur. Je me l’interdis à la base, mais une fois n’est pas coutume, à peine Lune de miel terminée et un détour par Boris Vian, j’ai eu à nouveau envie du style Cavanna et je me suis jetée sur Les Ritals. Or ces deux lectures rapprochées m’ont poussée à la comparaison et sans le vouloir, j’ai mis les deux romans en concurrence. Avec les Ritals, je me suis sentis dans une sorte de prolongement -alors qu’il a été écrit une bonne trentaine d’années auparavant -mais en moins bien affinée. L’unité de temps plus restreinte, mais l’architecture est semblable, c’est une autobiographie écrite sous forme de chroniques désordonnées.

Malgré ce petit désagrément, je pousse à la lecture de Cavanna, et pour une fois j’y vais de mon petit conseil, lisez les Ritals et sans doute les Russkoffs avant de clôturer -en apothéose- avec Lune de miel.

Cavanna nous livre un portrait de ses parents qui sonne juste, rarement idéalisé, mais dont les parts d’ombres forment les questionnements de l’homme qu’il est devenu.

L’histoire de la période entre deux guerre apparait en second plan et elle est vue au travers du regard d’un garçon qui s’approprie l’actualité avec les quelques outils mis à disposition. Il voit même d’un bon oeil l’élection d’un certain d’Hitler décrit à cette époque comme celui qui apportera un souffle nouveau…

En bref : Un chapelet de souvenirs égrené avec l’humour, à la fois truculent et triste, d’un adulte lucide.

Et on tuera tous les affreux – Boris Vian

Et on tuera tous les affreux – Boris Vian – 1964

Pourquoi ? Recommandé car parait-il c’est un petit roman pour se détendre et j’en ai besoin.

L’histoire : Rocky met sous couvercle deux choses : son corps de rêve et sa virginité. L’un convoité et l’autre mise à l’épreuve la nuit où Rocky se fait kidnapper dans l’étrange clinique du docteur Schultz. Il s’en échappe, mais cadavre + coéquipiers de choc le poussent à mener l’enquête.

Et alors ? Un petit roman atypique tiens. Pas bien lourd au poids, 200 pages à peine, mais notre Boris Vian, sous le pseudo Vernon Sullivan, détourne savamment le polar et le roman d’anticipation. L’action est soutenue ; mon esprit a été de nombreuses fois rattrapé à l’ordre, car les retournements sont nombreux et brutaux ; on va dans un sens, puis on courre dans un autre. L’histoire tire sur les grosses ficelles et les clichés sont nombreux, mais comme ils sont déposés dans le roman de façon intentionnelle et voulue, ils en font son charme.

Au niveau des nombreux personnages, on passe à côté de la nuance,  mais encore une fois la caricature est voulue. Aux lecteurs de s’accorder avec cette légèreté de façade…. car derrière la pastiche divertissante, le clonage et l’eugénisme font froid dans le dos.

Ce roman de 1964 n’a que peu de rides. Dommage que le final tombe trop vite

En bref : Polar teinté de science fiction loufoque avec quelques parties fines entre deux tranches d’action.

Lune de Miel – François Cavanna

Lune de miel – François Cavanna – 2011

Pourquoi ? Recommandé par le barbu, aussi ronchon que bon conseiller celui-là.

L’histoire : François Cavanna, personnage reconnu dans la sphère satirique, nous livre ses souvenirs, alors que Miss Parkinson (comme il aime la surnommer) lui offre une lune de miel, un moment de répit.

Et alors ? Même si François Cavanna se raconte, Lune de miel ne se lit pas vraiment comme une simple autobiographie. C’est davantage  une compilation de souvenirs que l’auteur remodèle avec sa sympathique truculence. Le roman ne respecte pas de chronologie, nous accompagnons Cavanna tantôt dans la crasse de son passage au STO, tantôt dans sa douloureuse liaison avec Miss Parkinson. Il donne aussi la part belle à la bande de joyeux lurons qui a fait Hara Kiri et Charlie Hebdo, mais aussi à la relation atypique qu’il entretient avec Virginie, fidèle lectrice et béquille à la fin de sa vie. Le lecteur valse entre ces trois mondes, entre légèreté, anecdotes, réflexion et constat des plus amers quant au temps qui passe et aux liens amicaux souvent brisés.

Lune de miel… C’est un peu pour ce genre de trouvaille que je traine sur les groupes de lecture. Dénicher ce qui a failli me filer entre les doigts.

En bref : Sans aucun doute un combat pour l’auteur, un plaisir pour le lecteur.

Le jour béni où je suis devenu nègre – Arnaud Le Bian

Le jour béni où je suis devenu nègre – Arnaud Le Bian 2018

Pourquoi ? T’as une kindle, t’as pas la nouvelle d’Arnaud Le Bian, non mais allô quoi ?

L’histoire : Le parcours d’un garçon qui avait tout pour sublimer les mots, mais qui se retrouve confronté à l’impitoyable loi du rendement dans le monde de l’édition.

Et alors ? Je commencerai, une fois n’est pas coutume, par son seul défaut…. C’est trop court. C’est trop court, parce que c’est bon, chaque phrase est lustrée, on est à peine attablé devant un menu des plus alléchants, que le cognac est servi.

La nouvelle reflète tout à fait l’auteur. (Tiens je vais tout faire de travers, je vais m’attarder sur celui qui écrit.) Vous l’avez peut-être croisé sur les réseaux sociaux, vous savez l’énergumène contre les romans de synthèses au vocabulaire limité qui nous vante la densité, la profondeur et irrite plus d’un au passage. Pour certain, c’est un chevalier noir, pour d’autres un élitiste, le mal aimé, tantôt blasé, tantôt cynique…. Et bien je vais faire court, c’est surtout l’un des auteurs indé les plus talentueux, pas foutu de faire sa pub…

En bref : Il arrive quand le prochain roman ?

Rêver – Franck Thilliez

Rêver – Franck Thilliez – 2016

Pourquoi ? Parce que j’avais envie de me farcir une tête de gondole.

L’histoire : Abigaël est narcoleptique, psy, vient de perdre père et fille dans un accident de voiture et elle fait partie d’une équipe -Merveille 51- dont l’objectif est de coincer un psychopathe very dangerous.

Et alors ?

J’avais décidé de me laisser prendre au jeu et j’avoue qu’à ce niveau-là, le roman fonctionne. L’envie de poursuivre la lecture ne m’a presque jamais quittée (à part quand les grosses ficelles du thriller sont tendues au maximum..) Enfin bref, j’ai été agréablement surprise par certains rebondissements. Et cette petite carotte qui traine à la fin d’un chapitre ne m’a pas déplue.

J’ai trouvé intéressant que l’histoire ne soit pas linéaire avec un chapitrage aléatoire. Une file du temps vous aide pour le repérage. (ça ne m’a pas empêchée de me paumer, mais bon.)

Bref c’est addictif, prenant même. Car sans aller dans le détail de ma vie personnelle, mes périodes de sommeil ou plutôt mes réveils ont été quelques peu chaotiques durant la lecture.

Mais ….parce qu’il y a un mais. Ce n’est que mon point de vue personnel (tiens cette petite phrase c’est juste pour énerver Samantha.) plusieurs choses m’ont empêchée d’adhérer complètement à Réver.

Le style, on dira qu’il est efficace, mais il manque de cohérence. Reconstitution simplifiée d’un dialogue entre deux personnages : « Non je ne vous dirai rien » assure l’un des personnages. Deux secondes plus tard, il se livre comme jamais. Bon…

Quant au final, c’est gros comme une maison. Je me suis mangée la façade, les fenêtres tout…. Je n’en dirais pas plus pour éviter le spoil, mais quand même c’est un peu gros.

Thilliez est un auteur à l’imagination débordante, un souci scientifique louable et une envie de balader le lecteur quémandeur de suspens. Pour ma part, il m’a manqué un peu de demi-mesure.

Une mention spéciale pour la trouvaille finale. (Avec Isabelle on cherche encore la solution donc si une âme charitable et scientifique passe par là !)

En bref : J’ai l’impression d’un ballet, trop bien orchestré, qui danse au rythme de la fanfare.

Chanson douce – Leila Slimani

Chanson douce – Leila Slimani -2017

Pourquoi ? Parce que un Goncourt en forme de roman noir, je prends !

L’histoire : Après la naissance de son second enfant, Myriam a besoin d’une nounou à temps plein. Louise caresse la perfection et se rend vite indispensable au jeune couple. On sait dès les première pages qu’elle a tué les deux enfants à charge, on suit alors le préambule au drame.

Et alors ? Avant de donner mon impression, je voudrais mettre de côté le débat le roman méritait-il le Goncourt, oui ou non. Franchement, je n’en sais rien. L’obtention du prestigieux prix m’a peut-être un peu déroutée au départ, parce qu’on s’attend à un style moins accessible. Or ici les pages se tournent à grande vitesse, c’est prenant et angoissant.

J’ai beaucoup aimé Chanson douce, car derrière l’apparente simplicité et perversité de l’histoire se dévoile le dilemme complexe d’une mère. Avoir des enfants, tenir les rênes d’un foyer, rester femme et tenir bon au niveau professionnel. Le casse-tête de chacune, avoir l’impression que privilégier un côté peut rendre la pyramide bancale.

Leila Slimani est une auteure à suivre parce qu’elle ose. Elle ose les sujets laissés de côté, la nymphonanie chez la femme, et ici l’infanticide.

En bref : Aux frontières de la poésie, nous traversons un territoire glacial.