Lune de Miel – François Cavanna

Lune de miel – François Cavanna – 2011

Pourquoi ? Recommandé par le barbu, aussi ronchon que bon conseiller celui-là.

L’histoire : François Cavanna, personnage reconnu dans la sphère satirique, nous livre ses souvenirs, alors que Miss Parkinson (comme il aime la surnommer) lui offre une lune de miel, un moment de répit.

Et alors ? Même si François Cavanna se raconte, Lune de miel ne se lit pas vraiment comme une simple autobiographie. C’est davantage  une compilation de souvenirs que l’auteur remodèle avec sa sympathique truculence. Le roman ne respecte pas de chronologie, nous accompagnons Cavanna tantôt dans la crasse de son passage au STO, tantôt dans sa douloureuse liaison avec Miss Parkinson. Il donne aussi la part belle à la bande de joyeux lurons qui a fait Hara Kiri et Charlie Hebdo, mais aussi à la relation atypique qu’il entretient avec Virginie, fidèle lectrice et béquille à la fin de sa vie. Le lecteur valse entre ces trois mondes, entre légèreté, anecdotes, réflexion et constat des plus amers quant au temps qui passe et aux liens amicaux souvent brisés.

Lune de miel… C’est un peu pour ce genre de trouvaille que je traine sur les groupes de lecture. Dénicher ce qui a failli me filer entre les doigts.

En bref : Sans aucun doute un combat pour l’auteur, un plaisir pour le lecteur.

Chanson douce – Leila Slimani

Chanson douce – Leila Slimani -2017

Pourquoi ? Parce que un Goncourt en forme de roman noir, je prends !

L’histoire : Après la naissance de son second enfant, Myriam a besoin d’une nounou à temps plein. Louise caresse la perfection et se rend vite indispensable au jeune couple. On sait dès les première pages qu’elle a tué les deux enfants à charge, on suit alors le préambule au drame.

Et alors ? Avant de donner mon impression, je voudrais mettre de côté le débat le roman méritait-il le Goncourt, oui ou non. Franchement, je n’en sais rien. L’obtention du prestigieux prix m’a peut-être un peu déroutée au départ, parce qu’on s’attend à un style moins accessible. Or ici les pages se tournent à grande vitesse, c’est prenant et angoissant.

J’ai beaucoup aimé Chanson douce, car derrière l’apparente simplicité et perversité de l’histoire se dévoile le dilemme complexe d’une mère. Avoir des enfants, tenir les rênes d’un foyer, rester femme et tenir bon au niveau professionnel. Le casse-tête de chacune, avoir l’impression que privilégier un côté peut rendre la pyramide bancale.

Leila Slimani est une auteure à suivre parce qu’elle ose. Elle ose les sujets laissés de côté, la nymphonanie chez la femme, et ici l’infanticide.

En bref : Aux frontières de la poésie, nous traversons un territoire glacial.

 

Le club des punks contre l’apocalypse zombie. – Karim Berrouka

Le club des punks contre l’apocalypse zombie – Karim Berrouka -2017

Pourquoi ? Parce qu’Odehia Nadaco (auteure de A(i)mer et de Knysna pour ceux qui suivent.) a proposé de faire séjourner Le club des punks contre l’apocalypse zombie chez quelques lecteurs consentants. Comme je n’ai rien contre les punks et encore moins contre les zombies, j’ai proposé l’hospitalité à tout ce petit monde.

L’histoire : Après avoir quelque peu abusé de substances hallucinogènes, deux punks se réveillent, quelque peu comateux, pour faire face à une situation des moins trippantes ; les rues de Paries grouillent de zombies…

Et alors ?  Il m’a fallu quelques pages pour m’installer. Au départ, le style, familier et soigné, est aussi nerveux que les personnages principaux apathiques. Le temps de me raccorder, de découvrir quelques nouveaux énergumènes et je me suis retrouvée à l’aise.

Les deux premières parties m’ont scotchée. Un vent frais et poisseux souffle sur le thème éculé des zombies, avec des touches d’humour et de revendication entre deux dégustations de cervelle. Inviter les zombies à jouer les touristes dévastateurs à Paris pour se rendre compte que les seuls aptes à nous sauver sont des anarchistes pure souche (mais que font Bruce Willis et Jason Statham ??) est une idée de départ qui possède de belles racines.

Et puis franchement les zombies en haut de la Tour Eiffel ou dans les couloirs de France Télévision, c’est quand même la classe. L’humour fonctionne bien, notamment dans les rencontres improbables : le punk coincé dans les locaux du Médef ou une autre avec un illuminé qui se croit être le prochain maitre du monde.

Des petits bémols cependant. Je pense vraiment que le roman aurait gagné à être plus court. (j’ai eu un peu de mal avec les passages sur les hallucinations et les visions des punks, même si je comprends qu’elles soient justifiées pour l’histoire.) Et j’aurais peut-être aimé des personnages secondaires plus nuancés, moins catégorisés ; les patrons et l’armée sont les gros méchants, les anarchistes les éclaireurs, les femmes et les enfants à défendre. C’est sûr il y a du message à faire passer, qu’on va me dire.

En bref : Du hors-norme qui titille le déjà vu. Un roman au ton jeune qui revendique et qui jute quelque peu.

Extraits :

Sur le parvis, autour des quatre pieds de la tour, la scène n’est pas des plus joyeuses. ça a dû se friter sec dans les étages lors des premières heures de la zombiemania. Résultat, un nombre conséquent de corps sont passés par dessus bord, et ce malgré les filets de sécurité qui ont cédé en plusieurs endroits.

L’histoire la moins macabre, et probablement la plus étrange parce qu’elle ne semble inspirée par aucune peur ni menace biblique ou sociétale, est celle de la croisade de l’amour. L’amour… Un mot qu’Eva et Kropotkine n’ont plus entendu depuis de lustres. Enfin, Eva si, mais il sonnait comme une insulte, un ultimatum.

Les larmes noires sur la terre – Sandrine Colette

Les larmes noires sur la terre – Sandrine Collette – 2017

Pourquoi ? Parce que je l’aime bien la Sandrine Collette…. alors je progresse dans la lecture de ses romans, et c’est au tour des Larmes noires sur la terre.

L’histoire : Dans un futur proche, Moe a quitté une île paradisiaque pour la vie parisienne. Sauf qu’elle n’a pas misé sur le bon partenaire ; entichée qu’elle est avec un homme brutal et alcoolique. Elle réussit tout de même à prendre le large, avec son bébé dans les bras… mais c’est pour mieux retomber encore plus bas. Elle est emmenée par les services sociaux pour être logée dans la casse.

Et alors ? Glaçant cette casse où sont parqués tout ce que la société a décrété comme rebut. Une solution pour la sérénité des uns, une voie sans issue pour les mal lotis, qui créent leur micro-société dans cette prison en plein air.

Quand Moe débarque dans la casse et rencontre les cinq femmes qui vont devenir ses protectrices, j’ai eu quelques difficultés à me les représenter, cinq personnages nouveaux, et à mon avis trop vite balayé. Heureusement, la suite du livre donne la parole à ces destins manqués.

J’ai beaucoup aimé le roman, même s’il manque un je ne sais quoi pour le rendre peut-être plus percutant et dérangeant. Je n’adhère pas toujours au voyeurisme et à la surenchère, mais ici, il manque peut-être cette noirceur crasse pour que le roman colle un peu plus à la peau. L’auteure laisse sans doute le lecteur le choix de se représenter ou non l’insoutenable.

Quelques phrases à rallonge viennent caresser le style brut de l’auteure. Sandrine Collette se peaufine… Elle est, à mon avis, à deux doigts de nous délivrer un chef-d’oeuvre.

A bientôt pour une nouvelle lecture.

En bref : Noirceur accessible pour une mise en lumière d’une société qui rejette les gens secourables.

Extraits :

Personne ne lui a demandé de raconter. Passé le premier réflexe, quand les filles ont vu l’effroi sur son visage et les larmes noires dans la terre, elles se sont tues.

[…] est-ce que ce n’est pas ce qu’elles se disent pour tenir les jours de chagrin, les petits jours, elles les appellent, avant que la dureté de l’existence les remette en avant pour de bon, et qu’elles tendent les mains pour se les claquer entre elles comme un salut en retour, je suis là tout va bien.

 

Les couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre

avis, retour sur le roman de Pierre Lemaitre
Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre -2018

Pourquoi ? Rien que le titre me parle… Alors comme en plus je suis loin d’être indifférente à ce que nous concocte l’auteur, il me brûlait de lire son nouvel ouvrage. Allons-y !

L’histoire : Cette suite indépendante  (point de souci de compréhension si vous n’avez pas lu Au revoir là-haut.) ouvre le bal avec l’enterrement du patriarche de la famille Péricourt. Funeste moment qui conduit à un autre. Le fils de Madeleine se jette du haut de la fenêtre. Suite à la chute du garçon et à la trahison des personnes les entourant, la vie de Madeleine et Paul bascule. Une fois au plus bas, cette femme seule orchestre avec brio sa vengeance pour éliminer les ambitions de ceux qui ont voulu la briser.

Et alors ? C’est l’histoire d’une vengeance à grande échelle. Mère et fils dégringolent de plusieurs étages, l’un concrètement, l’autre de façon abstraite, mais une fois à terre, la remontée sera rude. C’est sans compter l’aide voulue ou contrainte d’une belle palette de personnages secondaires et de l’ingéniosité d’une femme à qui on a tout pris.

Alors, l’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère pour faire de ce règlement de compte quelque chose de spectaculaire. Bon j’avoue que je ne sais pas si tout était vraiment réalisable à l’époque, mais même si c’est un peu chargé parfois, j’ai choisi de prendre du plaisir.

Ce que j’aime avec Pierre Lemaitre c’est qu’il utilise les ingrédients qui rassemblent, (histoire de famille, de pouvoir et vengeance.) avec un style soigné. Même si j’ai dit au dessus que c’était un peu gros, ce n’est pas grotesque ; chaque situation est étudiée, amenée savamment avec tout le talent de conteur qu’on connait à l’auteur. Lemaitre prend son temps pour planter le décor, il nous installe dans la fin des années 20, astique ses personnages, brosse les situations et offre même quelques touches historiques en filigrane. (Krach boursier, montée en puissance d’un certain Hitler.)

Des reproches… peu…. Un essoufflement vers la fin que j’imaginais peut-être autre… Quant aux personnages secondaires, ils sont à mon avis, un peu excessifs, lorgnant vers la caricature, même s’ils soufflent un vent léger sur les histoires de corruption et de soif du pouvoir qui jalonnent le roman.

En bref : Un roman captivant et soigné.

Extraits : 

-Vous publiez sciemment des informations mensongères…

-Pas mensongères, là, vous allez trop loin ! Non, nous présentons la réalité sous un certain jour voilà tout. D’autres confères, dans l’opposition par exemple, écrivent l’inverse, ce qui fait que tout s’équilibre ! C’est la pluralité de point de vue.

Robert était purement instinctif. Capable de penser, mais pas longtemps. Anticiper au delà de la semaine lui avait toujours été difficile. Cette incapacité à imaginer les perspectives avait fait de lui un jouisseur.

Elle ne marchait pas, elle ondulait. Rue Saint Honoré, elle dépensa en deux heures le salaire de dix ouvriers. Pour Dupré, c’était l’échelle de valeurs, le salaire d’un ouvrier. Il n’était pas difficile de savoir ce qu’elle faisait avec son mari, l’ancien fondé de pouvoir de la banque Péricourt, elle siphonnait sa fortune.

Pactum Salis – Olivier Bourdeaux

Pactum salis – Olivier Bourdeaut – 2018

Pourquoi ? Parce que j’avais bien accroché à son premier roman En attendant Bojangles et puis comme mes beaux-parents m’ont offert Pactum Salis, c’était le moment de voir ce que donnait le deuxième roman de cet auteur prometteur….

L’histoire : Deux personnages, un agent immobilier aux dents longues et un paludier solitaire, se retrouvent liés suite à un épisode malencontreux.

Et alors ? Oupps je n’ai pas accroché…. Alors pourquoi je me le demande encore, les qualités d’écriture sont là, et me retrouvée dans les marais salants étaient une perspective qui m’enchantait.

J’ai tout de même une petite ébauche d’explication : le roman verse dans la littérature dans les premières pages avec des descriptions réussies aussi bien pour les paysages des marais salants de Guérande que pour ses personnages, avant de basculer dans une sorte de caricature avec des protagonistes hauts en couleur et des situations un peu tirées par les cheveux. J’avoue que j’ai une préférence pour la nuance plutôt que le côté excessif des choses, mais si c’est bien mené je m’adapte. Ici, aucune attache ne s’est développée pour les personnages, ce qui a provoqué très rapidement un sérieux ennui.  Des dialogues théâtraux bien ficelés, mais je me suis demandé ce qu’ils faisaient là. Et quand au beau milieu du roman on trouve un cadavre, j’ai lâché prise, parce que je me suis rendue compte que je n’avais même pas envie de savoir qui était mort, à cause de qui et pourquoi.

En bref : Un roman qui a de grandes qualités mais qui voulait peut-être prétendre à trop de choses en même temps ?

Extraits :

Cette distance avait toujours suscité un intérêt chez les filles, elles mettaient cet éloignement sur le compte d’une touchante timidité teintée d’un certain romantisme. Le romantisme du cavalier solitaire. Elles venaient nombreuses et repartaient dès qu’elles comprenaient qu’il fréquentait une banale calculatrice.

Les effets cumulés du soleil sur sa peau et de l’acidité du vin blanc sur son cerveau avaient produit une manière de transe qui alimentait des souvenirs bégayants et un regard flottant.

Les loyautés – Delphine de Vigan

Les loyautés – Delphine de Vigan – 2018

Pourquoi ? Parce que j’aime bien le style de la dame, même si la lecture achevée, il faut se réinjecter une bonne dose de pensées vivifiantes pour revoir la vie en couleurs. Vous l’aurez compris, le roman épongera votre côté sombre ou vous y plongera complètement.

L’histoire : Une palette de personnages, deux ados qui s’essaient à l’alcoolisme, une enseignante à l’affût des signes de mal être d’un de ces élèves et une mère de famille dont l’esprit présente quelques petites anomalies.

Et alors ? Le style De Vigan, c’est tout doux et confortable brassé avec grande tristesse. La lecture est rapide, 200 pages bien aérées, avec une histoire qui pousse à tourner les pages. Certains lecteurs diront que c’est trop court (n’est-ce pas Emilie ?). Personnellement, j’aurais pu connaitre quelques difficulté à être plongée trop longtemps dans cette ambiance où chaque personnage a envie de tout laisser couler.

Jo Rouxinol, en parlant de sa lecture, avouait avoir retenu sa respiration par peur du faire du bruit, je la comprends. Un éventail de mots choisis, des formulations poétiques et on a presque l’impression de flotter ou d’être en apnée, c’est selon.

Je ne peux pas le cacher, c’est mon caractère, j’aurais bien secoué certains personnages.  Ils nagent dans leur mal-être en tournant en rond et il ne manquait plus que je renverse le bocal. Cette remarque ne concerne pas les ados, victimes des adultes qui leur trace un chemin tout droit vers la déprime. On comprend mieux ces deux jeunes qui brouillent leur réalité en buvant.

Ce sont des tranches de vie malheureuses, un résultat de beaucoup de choses qui auraient pu être évitées. Nous arrivons quand plus grand chose ne semble pouvoir être sauvée.

Alors vous allez me dire, mais t’es bien abattue après cette lecture ? Oui un peu, même si je peux dire que j’aie aimé Les Loyautés.

En bref : C’est presque un état des lieux poétique d’une somme de désillusions et de grandes claques.

Extraits :

Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu’on attendait de lui. Mots délivrés au compte-gouttes, expression neutre, regard baissé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s’est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse.

Un soir, le journal télévisé a diffusé un reportage sur une marée noire provoquée par un accident de pétrolier. […] et j’ai aussitôt pensé à nous tous, ces images nous représentaient mieux que n’importe quelle photo de famille. C’était nous, c’étaient nos corps noirs et huileux, privés de mouvement.

Dans le jardin de l’ogre – Leila Slimani

Dans le jardin de l’ogre – Leila Slimani

Pourquoi ? Parce qu’il m’a été recommandé et Chanson douce tardant à sortir en poche, j’avais envie de me jeter sur le premier roman de Leila Slimani. C’est parti !

L’histoire : Adèle est dépendante aux relations sexuelles. Elle vit en déséquilibre complet entre ses besoins et la façade qu’elle entretient avec son mari et son fils.

Et alors ? D’abord troublée par le style clinique des première pages, parfois une énumération d’actions, un journal de bord, distant, sans émotion. Et une fois cette première impression passée, je me suis accommodée et j’ai été conquise par la froideur de ce roman qui traite d’un sujet plutôt chaud.

On ne trouve pas Dans le jardin de l’ogre ce qui inonde le rayon érotisme des grandes librairies. Adèle est maigre et sèche et elle cumule les rapports, parfois brutaux. Le champs lexical lié aux plaisir est mis à l’écart, les notions de désir et de jouissance, quasiment inexistantes. Le sexe, pour Adèle, est un besoin qui la salit, qui l’écarte du bonheur, qui ne la comble même pas.

Des lecteurs seront exaspérés par les comportements des personnages. Celui d’Adèle, terriblement fragile, à l’instinct maternel précaire, mais d’un pragmatisme absolu quand il s’agit d’organiser ses plans culs. Ou encore celui du mari qui ne se rend compte de rien, aveugle consentant, presque niais à vouloir un bonheur trop simple. Je comprends, j’ai eu ce genre de réaction pour ces deux personnages, et pourtant j’ai été séduite par le style de Leila Slimani. A bientôt pour Une chanson douce…

En bref : Chronique d’un plaisir devenu maladie.

Extraits :

En devenant mère et épouse, elle s’est nimbée d’une aura de respectabilité que personne ne peut lui enlever. Elle s’est construit un refuge pour les soirs d’angoisse et un repli confortable pour les jours de débauche.

Elle ne se souvient de rien de précis, mais les hommes sont les uniques repères de son existence. A chaque saison, à chaque anniversaire, à chaque événement de sa vie, correspond un amant au visage flou. Dans son amnésie flotte la rassurante sensation d’avoir existé mille fois à travers le désir des autres.

Un sac – Solène Bakowski

Un sac- Solène Bakowski

Pourquoi ? Ce livre est un peu spécial pour moi, car c’est après sa lecture, que mon beau-père, m’a, de un encouragé à tenter l’aventure Kindle, et de deux à lire le roman évidemment. Alors avec un peu de retard, j’ai fini par ouvrir le sac…

L’histoire : Devant le Panthéon à Paris, une femme arrive avec un sac. Cette femme s’appelle Anna-Marie Caravelle et vous livrera son histoire, un parcours miné par la captivité, la prostitution et le triangle amoureux, avant de déposer le sac et son contenu.

Et alors ? Un roman noir à part, qui fait un petit pas de côté par rapport à ce qu’on a l’habitude de lire. La noirceur, vous en aurez, mais même aux pages les plus sombres, il ne basculera pas dans le trash. Il y a même des petites touches de lumière au fil des pages, légères et vite obscurcies.

Les personnages secondaires du roman sont en constant ballotage entre le meilleur et le pire. Animés d’une volonté de bien faire, de protéger, ils finissent par casser, saboter et donc de recevoir la monnaie de leur pièce. Quant à Anna-Marie, elle est née sans repère, munie d’une identité précaire, d’une figure maternelle liée à la folie et d’un reflet qui lui renvoie une énorme tâche en plein sur le visage. L’auteure ne cherche pas à lui trouver des excuses, mais elle peint avec finesse la marginalité d’Anna-Marie Caravelle.

Mon seul regret ; quelques passages qui m’ont parus jouer en accéléré, que j’aurais aimé voir décortiqués, mais l’ensemble reste logique puisque nous lisons les feuillets que noircit notre Anna-Marie avant de déposer le sac.

La fin vous retourne, et se profile dans les dernières pages ; on en devine les contours, mais elle vient s’abattre avec violence pour balancer dans une mélancolie implacable.

En bref : Un roman noir, de la finesse et de la folie qui se rencontrent dans un Paris sale et sublime.

Extraits :

J’aurais pu être morte, sa vie n’aurait pas été plus solitaire. Tel un pouvoir magique, elle réussissait à me refroidir tout entière dès que je la savais dans les parages.

Camille n’aimait pas souffrir. D’ailleurs, il ne souffrait jamais. Vraiment je veix dire. Enfin pas comme moi. Pas au même niveau. Je crois. En revanche, il aimait se persuader qu’il souffrait. Cela donnait de la consistance à son personnage d’auteur incompris.

Elle voudrait savoir qui, du monument gigantesque ou de l’homme minuscule, éclabousse l’autre et lui fait l’aumône d’un peu d’éternité.

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby – 2016
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Pourquoi ? : Parce que je suis toujours obligée de piquer les cadeaux que j’offre à ma mère. Puis lecture conseillée par la Lison, je dis on lit !

L’histoire : La tuberculose, la maladie et la méfiance qu’elle engendre, va bouleverser la vie d’une famille dans les années 50. Alors que la population croit au meilleur avec la fin de la guerre, la création d’une sécurité sociale et la période des Trente glorieuses qui se profile, la famille Blanc se retrouvera dépossédée, démembrée, car n’ayant jamais cotisé.

Et alors ? Ecriture brillante. Le genre de livre qui nous donne envie de noter la poésie percutante déversée tout au long des 250 pages. Roman court donc, mais qui fait son poids. Rapidement dans l’histoire nous subissons le désespoir d’une famille qui occupait le premier plan du village, et se retrouve mise à l’écart par crainte de contagion. La tuberculose, la peste blanche.

Malgré un style qui m’a bluffé pour la première partie, j’ai trouvé que par la suite, les jolies phrases prenaient trop de place, distillées en continu, le dernier tiers m’a un peu lassé. Pas vraiment d’action, peu de dialogue, on dirait davantage une succession de tableaux. Certains pourraient se sentir extérieur aux personnages, même si on ne peut rien reprocher aux qualités d’écriture de Valentine Goby

Quant à la couverture, elle est trompeuse. On pense que l’histoire offre des notes de joies, d’espoir, mais il s’agit avant tout de la lutte terrible d’une jeune fille qui veut réunir sa famille et gagner sa liberté. Or ses deux souhaits se combattent, puisque pour réaliser l’un il faut détruire l’autre.

En bref : Pour les amoureux de jolies phrases qui n’ont pas peur de la tristesse.

Extraits :

Le chuchotement trahit le secret, tous les enfants le savent. […] si le mot est prononcé du bout des lèvres, c’est qu’il ne faut pas le répandre. Elle a raison sans le savoir, la petite, le bacille doit être contenu ; qui sait si Odile ne dit pas le mot tout bas pour réduire son pouvoir de nuisance.

C’est un homme comme ça, honnête jusqu’au tréfonds. mais elle ne peut pas croire, voyant son visage rond, ses grosses mains aux ongles propres, le généreux gâteau aux pommes sous cloche à fromage, qu’il préfère l’honnêteté au malheur.

Le ventre d’Annie. Il la tient à distance de toute contrainte autre que lui, arme, armure, frontière, rempart, abri. Annie est intouchable car elle va être mère. Son ventre est une permission de supplémentaire contre laquelle tout reproche se fracasse. La grossesse est une île.