Du domaine des murmures – Carole Martinez

Du domaine des murmures – Carole Martinez – 2011

Pourquoi ? Il m’attendait depuis un petit bout de temps celui-là. Alors voilà.

L’histoire : Au Moyen-Age une jeune fille bien née, préfère un isolement voulu au lieu d’un mariage forcé. Son écran vers le monde ? Une fenestrelle minuscule. Emmurée avec pour seule occupation la prière, Esclarmonde ne s’attendait pas à l’impact sur la vie de son domaine et bien au-delà.

Et alors ? Une lecture appréciée où la rencontre entre le conte et le roman aux allures historiques est réussie. Malgré une légère appréhension de suivre la vie d’une recluse, l’ennui ne m’a jamais guettée. Le style raffiné, la plongée en plein moyen-âge où les croyances et les superstitions diverses gouvernaient le quotidien de chacun m’ont attisée tout au long de la lecture.

De petits points noirs cependant. J’avoue avoir moins accroché au côté surnaturel ou spirituel, c’est selon, qui occupe une place plus large dans la seconde partie du roman quand l’esprit d’Esclarmonde se projette dans celui de son père. Et certains personnages, notamment Lothaire m’ont parue, extrêmes, caricaturés à la limite du ridicule.

En bref : Un style raffiné pour mettre en lumière le destin de celles qui se voulaient dans l’ombre.

Les Ritals – François Cavanna

Les Ritals – François Cavanna – 1978

Pourquoi ? Parce que, après le très apprécié Lune de miel, j’ai pris rendez-vous avec Les Ritals.

L’histoire : Cavanna nous livre des fragments de son enfance et de son adolescence dans le quartier Sainte-Anne.  La naissance de son désir d’écrire, son statut de fils d’immigré italien, ses premiers émois, le tout est livré sous forme de chroniques.

Et alors ? Bon, je le dis tout de suite, je n’aurais peut-être pas dû aligner deux romans du même auteur. Je me l’interdis à la base, mais une fois n’est pas coutume, à peine Lune de miel terminée et un détour par Boris Vian, j’ai eu à nouveau envie du style Cavanna et je me suis jetée sur Les Ritals. Or ces deux lectures rapprochées m’ont poussée à la comparaison et sans le vouloir, j’ai mis les deux romans en concurrence. Avec les Ritals, je me suis sentis dans une sorte de prolongement -alors qu’il a été écrit une bonne trentaine d’années auparavant -mais en moins bien affinée. L’unité de temps plus restreinte, mais l’architecture est semblable, c’est une autobiographie écrite sous forme de chroniques désordonnées.

Malgré ce petit désagrément, je pousse à la lecture de Cavanna, et pour une fois j’y vais de mon petit conseil, lisez les Ritals et sans doute les Russkoffs avant de clôturer -en apothéose- avec Lune de miel.

Cavanna nous livre un portrait de ses parents qui sonne juste, rarement idéalisé, mais dont les parts d’ombres forment les questionnements de l’homme qu’il est devenu.

L’histoire de la période entre deux guerre apparait en second plan et elle est vue au travers du regard d’un garçon qui s’approprie l’actualité avec les quelques outils mis à disposition. Il voit même d’un bon oeil l’élection d’un certain d’Hitler décrit à cette époque comme celui qui apportera un souffle nouveau…

En bref : Un chapelet de souvenirs égrené avec l’humour, à la fois truculent et triste, d’un adulte lucide.

Et on tuera tous les affreux – Boris Vian

Et on tuera tous les affreux – Boris Vian – 1964

Pourquoi ? Recommandé car parait-il c’est un petit roman pour se détendre et j’en ai besoin.

L’histoire : Rocky met sous couvercle deux choses : son corps de rêve et sa virginité. L’un convoité et l’autre mise à l’épreuve la nuit où Rocky se fait kidnapper dans l’étrange clinique du docteur Schultz. Il s’en échappe, mais cadavre + coéquipiers de choc le poussent à mener l’enquête.

Et alors ? Un petit roman atypique tiens. Pas bien lourd au poids, 200 pages à peine, mais notre Boris Vian, sous le pseudo Vernon Sullivan, détourne savamment le polar et le roman d’anticipation. L’action est soutenue ; mon esprit a été de nombreuses fois rattrapé à l’ordre, car les retournements sont nombreux et brutaux ; on va dans un sens, puis on courre dans un autre. L’histoire tire sur les grosses ficelles et les clichés sont nombreux, mais comme ils sont déposés dans le roman de façon intentionnelle et voulue, ils en font son charme.

Au niveau des nombreux personnages, on passe à côté de la nuance,  mais encore une fois la caricature est voulue. Aux lecteurs de s’accorder avec cette légèreté de façade…. car derrière la pastiche divertissante, le clonage et l’eugénisme font froid dans le dos.

Ce roman de 1964 n’a que peu de rides. Dommage que le final tombe trop vite

En bref : Polar teinté de science fiction loufoque avec quelques parties fines entre deux tranches d’action.

Lune de Miel – François Cavanna

Lune de miel – François Cavanna – 2011

Pourquoi ? Recommandé par le barbu, aussi ronchon que bon conseiller celui-là.

L’histoire : François Cavanna, personnage reconnu dans la sphère satirique, nous livre ses souvenirs, alors que Miss Parkinson (comme il aime la surnommer) lui offre une lune de miel, un moment de répit.

Et alors ? Même si François Cavanna se raconte, Lune de miel ne se lit pas vraiment comme une simple autobiographie. C’est davantage  une compilation de souvenirs que l’auteur remodèle avec sa sympathique truculence. Le roman ne respecte pas de chronologie, nous accompagnons Cavanna tantôt dans la crasse de son passage au STO, tantôt dans sa douloureuse liaison avec Miss Parkinson. Il donne aussi la part belle à la bande de joyeux lurons qui a fait Hara Kiri et Charlie Hebdo, mais aussi à la relation atypique qu’il entretient avec Virginie, fidèle lectrice et béquille à la fin de sa vie. Le lecteur valse entre ces trois mondes, entre légèreté, anecdotes, réflexion et constat des plus amers quant au temps qui passe et aux liens amicaux souvent brisés.

Lune de miel… C’est un peu pour ce genre de trouvaille que je traine sur les groupes de lecture. Dénicher ce qui a failli me filer entre les doigts.

En bref : Sans aucun doute un combat pour l’auteur, un plaisir pour le lecteur.

Chanson douce – Leila Slimani

Chanson douce – Leila Slimani -2017

Pourquoi ? Parce que un Goncourt en forme de roman noir, je prends !

L’histoire : Après la naissance de son second enfant, Myriam a besoin d’une nounou à temps plein. Louise caresse la perfection et se rend vite indispensable au jeune couple. On sait dès les première pages qu’elle a tué les deux enfants à charge, on suit alors le préambule au drame.

Et alors ? Avant de donner mon impression, je voudrais mettre de côté le débat le roman méritait-il le Goncourt, oui ou non. Franchement, je n’en sais rien. L’obtention du prestigieux prix m’a peut-être un peu déroutée au départ, parce qu’on s’attend à un style moins accessible. Or ici les pages se tournent à grande vitesse, c’est prenant et angoissant.

J’ai beaucoup aimé Chanson douce, car derrière l’apparente simplicité et perversité de l’histoire se dévoile le dilemme complexe d’une mère. Avoir des enfants, tenir les rênes d’un foyer, rester femme et tenir bon au niveau professionnel. Le casse-tête de chacune, avoir l’impression que privilégier un côté peut rendre la pyramide bancale.

Leila Slimani est une auteure à suivre parce qu’elle ose. Elle ose les sujets laissés de côté, la nymphonanie chez la femme, et ici l’infanticide.

En bref : Aux frontières de la poésie, nous traversons un territoire glacial.

 

Le club des punks contre l’apocalypse zombie. – Karim Berrouka

Le club des punks contre l’apocalypse zombie – Karim Berrouka -2017

Pourquoi ? Parce qu’Odehia Nadaco (auteure de A(i)mer et de Knysna pour ceux qui suivent.) a proposé de faire séjourner Le club des punks contre l’apocalypse zombie chez quelques lecteurs consentants. Comme je n’ai rien contre les punks et encore moins contre les zombies, j’ai proposé l’hospitalité à tout ce petit monde.

L’histoire : Après avoir quelque peu abusé de substances hallucinogènes, deux punks se réveillent, quelque peu comateux, pour faire face à une situation des moins trippantes ; les rues de Paries grouillent de zombies…

Et alors ?  Il m’a fallu quelques pages pour m’installer. Au départ, le style, familier et soigné, est aussi nerveux que les personnages principaux apathiques. Le temps de me raccorder, de découvrir quelques nouveaux énergumènes et je me suis retrouvée à l’aise.

Les deux premières parties m’ont scotchée. Un vent frais et poisseux souffle sur le thème éculé des zombies, avec des touches d’humour et de revendication entre deux dégustations de cervelle. Inviter les zombies à jouer les touristes dévastateurs à Paris pour se rendre compte que les seuls aptes à nous sauver sont des anarchistes pure souche (mais que font Bruce Willis et Jason Statham ??) est une idée de départ qui possède de belles racines.

Et puis franchement les zombies en haut de la Tour Eiffel ou dans les couloirs de France Télévision, c’est quand même la classe. L’humour fonctionne bien, notamment dans les rencontres improbables : le punk coincé dans les locaux du Médef ou une autre avec un illuminé qui se croit être le prochain maitre du monde.

Des petits bémols cependant. Je pense vraiment que le roman aurait gagné à être plus court. (j’ai eu un peu de mal avec les passages sur les hallucinations et les visions des punks, même si je comprends qu’elles soient justifiées pour l’histoire.) Et j’aurais peut-être aimé des personnages secondaires plus nuancés, moins catégorisés ; les patrons et l’armée sont les gros méchants, les anarchistes les éclaireurs, les femmes et les enfants à défendre. C’est sûr il y a du message à faire passer, qu’on va me dire.

En bref : Du hors-norme qui titille le déjà vu. Un roman au ton jeune qui revendique et qui jute quelque peu.

Extraits :

Sur le parvis, autour des quatre pieds de la tour, la scène n’est pas des plus joyeuses. ça a dû se friter sec dans les étages lors des premières heures de la zombiemania. Résultat, un nombre conséquent de corps sont passés par dessus bord, et ce malgré les filets de sécurité qui ont cédé en plusieurs endroits.

L’histoire la moins macabre, et probablement la plus étrange parce qu’elle ne semble inspirée par aucune peur ni menace biblique ou sociétale, est celle de la croisade de l’amour. L’amour… Un mot qu’Eva et Kropotkine n’ont plus entendu depuis de lustres. Enfin, Eva si, mais il sonnait comme une insulte, un ultimatum.

Les larmes noires sur la terre – Sandrine Colette

Les larmes noires sur la terre – Sandrine Collette – 2017

Pourquoi ? Parce que je l’aime bien la Sandrine Collette…. alors je progresse dans la lecture de ses romans, et c’est au tour des Larmes noires sur la terre.

L’histoire : Dans un futur proche, Moe a quitté une île paradisiaque pour la vie parisienne. Sauf qu’elle n’a pas misé sur le bon partenaire ; entichée qu’elle est avec un homme brutal et alcoolique. Elle réussit tout de même à prendre le large, avec son bébé dans les bras… mais c’est pour mieux retomber encore plus bas. Elle est emmenée par les services sociaux pour être logée dans la casse.

Et alors ? Glaçant cette casse où sont parqués tout ce que la société a décrété comme rebut. Une solution pour la sérénité des uns, une voie sans issue pour les mal lotis, qui créent leur micro-société dans cette prison en plein air.

Quand Moe débarque dans la casse et rencontre les cinq femmes qui vont devenir ses protectrices, j’ai eu quelques difficultés à me les représenter, cinq personnages nouveaux, et à mon avis trop vite balayé. Heureusement, la suite du livre donne la parole à ces destins manqués.

J’ai beaucoup aimé le roman, même s’il manque un je ne sais quoi pour le rendre peut-être plus percutant et dérangeant. Je n’adhère pas toujours au voyeurisme et à la surenchère, mais ici, il manque peut-être cette noirceur crasse pour que le roman colle un peu plus à la peau. L’auteure laisse sans doute le lecteur le choix de se représenter ou non l’insoutenable.

Quelques phrases à rallonge viennent caresser le style brut de l’auteure. Sandrine Collette se peaufine… Elle est, à mon avis, à deux doigts de nous délivrer un chef-d’oeuvre.

A bientôt pour une nouvelle lecture.

En bref : Noirceur accessible pour une mise en lumière d’une société qui rejette les gens secourables.

Extraits :

Personne ne lui a demandé de raconter. Passé le premier réflexe, quand les filles ont vu l’effroi sur son visage et les larmes noires dans la terre, elles se sont tues.

[…] est-ce que ce n’est pas ce qu’elles se disent pour tenir les jours de chagrin, les petits jours, elles les appellent, avant que la dureté de l’existence les remette en avant pour de bon, et qu’elles tendent les mains pour se les claquer entre elles comme un salut en retour, je suis là tout va bien.

 

Les couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre

avis, retour sur le roman de Pierre Lemaitre
Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre -2018

Pourquoi ? Rien que le titre me parle… Alors comme en plus je suis loin d’être indifférente à ce que nous concocte l’auteur, il me brûlait de lire son nouvel ouvrage. Allons-y !

L’histoire : Cette suite indépendante  (point de souci de compréhension si vous n’avez pas lu Au revoir là-haut.) ouvre le bal avec l’enterrement du patriarche de la famille Péricourt. Funeste moment qui conduit à un autre. Le fils de Madeleine se jette du haut de la fenêtre. Suite à la chute du garçon et à la trahison des personnes les entourant, la vie de Madeleine et Paul bascule. Une fois au plus bas, cette femme seule orchestre avec brio sa vengeance pour éliminer les ambitions de ceux qui ont voulu la briser.

Et alors ? C’est l’histoire d’une vengeance à grande échelle. Mère et fils dégringolent de plusieurs étages, l’un concrètement, l’autre de façon abstraite, mais une fois à terre, la remontée sera rude. C’est sans compter l’aide voulue ou contrainte d’une belle palette de personnages secondaires et de l’ingéniosité d’une femme à qui on a tout pris.

Alors, l’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère pour faire de ce règlement de compte quelque chose de spectaculaire. Bon j’avoue que je ne sais pas si tout était vraiment réalisable à l’époque, mais même si c’est un peu chargé parfois, j’ai choisi de prendre du plaisir.

Ce que j’aime avec Pierre Lemaitre c’est qu’il utilise les ingrédients qui rassemblent, (histoire de famille, de pouvoir et vengeance.) avec un style soigné. Même si j’ai dit au dessus que c’était un peu gros, ce n’est pas grotesque ; chaque situation est étudiée, amenée savamment avec tout le talent de conteur qu’on connait à l’auteur. Lemaitre prend son temps pour planter le décor, il nous installe dans la fin des années 20, astique ses personnages, brosse les situations et offre même quelques touches historiques en filigrane. (Krach boursier, montée en puissance d’un certain Hitler.)

Des reproches… peu…. Un essoufflement vers la fin que j’imaginais peut-être autre… Quant aux personnages secondaires, ils sont à mon avis, un peu excessifs, lorgnant vers la caricature, même s’ils soufflent un vent léger sur les histoires de corruption et de soif du pouvoir qui jalonnent le roman.

En bref : Un roman captivant et soigné.

Extraits : 

-Vous publiez sciemment des informations mensongères…

-Pas mensongères, là, vous allez trop loin ! Non, nous présentons la réalité sous un certain jour voilà tout. D’autres confères, dans l’opposition par exemple, écrivent l’inverse, ce qui fait que tout s’équilibre ! C’est la pluralité de point de vue.

Robert était purement instinctif. Capable de penser, mais pas longtemps. Anticiper au delà de la semaine lui avait toujours été difficile. Cette incapacité à imaginer les perspectives avait fait de lui un jouisseur.

Elle ne marchait pas, elle ondulait. Rue Saint Honoré, elle dépensa en deux heures le salaire de dix ouvriers. Pour Dupré, c’était l’échelle de valeurs, le salaire d’un ouvrier. Il n’était pas difficile de savoir ce qu’elle faisait avec son mari, l’ancien fondé de pouvoir de la banque Péricourt, elle siphonnait sa fortune.

Pactum Salis – Olivier Bourdeaux

Pactum salis – Olivier Bourdeaut – 2018

Pourquoi ? Parce que j’avais bien accroché à son premier roman En attendant Bojangles et puis comme mes beaux-parents m’ont offert Pactum Salis, c’était le moment de voir ce que donnait le deuxième roman de cet auteur prometteur….

L’histoire : Deux personnages, un agent immobilier aux dents longues et un paludier solitaire, se retrouvent liés suite à un épisode malencontreux.

Et alors ? Oupps je n’ai pas accroché…. Alors pourquoi je me le demande encore, les qualités d’écriture sont là, et me retrouvée dans les marais salants étaient une perspective qui m’enchantait.

J’ai tout de même une petite ébauche d’explication : le roman verse dans la littérature dans les premières pages avec des descriptions réussies aussi bien pour les paysages des marais salants de Guérande que pour ses personnages, avant de basculer dans une sorte de caricature avec des protagonistes hauts en couleur et des situations un peu tirées par les cheveux. J’avoue que j’ai une préférence pour la nuance plutôt que le côté excessif des choses, mais si c’est bien mené je m’adapte. Ici, aucune attache ne s’est développée pour les personnages, ce qui a provoqué très rapidement un sérieux ennui.  Des dialogues théâtraux bien ficelés, mais je me suis demandé ce qu’ils faisaient là. Et quand au beau milieu du roman on trouve un cadavre, j’ai lâché prise, parce que je me suis rendue compte que je n’avais même pas envie de savoir qui était mort, à cause de qui et pourquoi.

En bref : Un roman qui a de grandes qualités mais qui voulait peut-être prétendre à trop de choses en même temps ?

Extraits :

Cette distance avait toujours suscité un intérêt chez les filles, elles mettaient cet éloignement sur le compte d’une touchante timidité teintée d’un certain romantisme. Le romantisme du cavalier solitaire. Elles venaient nombreuses et repartaient dès qu’elles comprenaient qu’il fréquentait une banale calculatrice.

Les effets cumulés du soleil sur sa peau et de l’acidité du vin blanc sur son cerveau avaient produit une manière de transe qui alimentait des souvenirs bégayants et un regard flottant.

Les loyautés – Delphine de Vigan

Les loyautés – Delphine de Vigan – 2018

Pourquoi ? Parce que j’aime bien le style de la dame, même si la lecture achevée, il faut se réinjecter une bonne dose de pensées vivifiantes pour revoir la vie en couleurs. Vous l’aurez compris, le roman épongera votre côté sombre ou vous y plongera complètement.

L’histoire : Une palette de personnages, deux ados qui s’essaient à l’alcoolisme, une enseignante à l’affût des signes de mal être d’un de ces élèves et une mère de famille dont l’esprit présente quelques petites anomalies.

Et alors ? Le style De Vigan, c’est tout doux et confortable brassé avec grande tristesse. La lecture est rapide, 200 pages bien aérées, avec une histoire qui pousse à tourner les pages. Certains lecteurs diront que c’est trop court (n’est-ce pas Emilie ?). Personnellement, j’aurais pu connaitre quelques difficulté à être plongée trop longtemps dans cette ambiance où chaque personnage a envie de tout laisser couler.

Jo Rouxinol, en parlant de sa lecture, avouait avoir retenu sa respiration par peur du faire du bruit, je la comprends. Un éventail de mots choisis, des formulations poétiques et on a presque l’impression de flotter ou d’être en apnée, c’est selon.

Je ne peux pas le cacher, c’est mon caractère, j’aurais bien secoué certains personnages.  Ils nagent dans leur mal-être en tournant en rond et il ne manquait plus que je renverse le bocal. Cette remarque ne concerne pas les ados, victimes des adultes qui leur trace un chemin tout droit vers la déprime. On comprend mieux ces deux jeunes qui brouillent leur réalité en buvant.

Ce sont des tranches de vie malheureuses, un résultat de beaucoup de choses qui auraient pu être évitées. Nous arrivons quand plus grand chose ne semble pouvoir être sauvée.

Alors vous allez me dire, mais t’es bien abattue après cette lecture ? Oui un peu, même si je peux dire que j’aie aimé Les Loyautés.

En bref : C’est presque un état des lieux poétique d’une somme de désillusions et de grandes claques.

Extraits :

Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu’on attendait de lui. Mots délivrés au compte-gouttes, expression neutre, regard baissé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s’est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse.

Un soir, le journal télévisé a diffusé un reportage sur une marée noire provoquée par un accident de pétrolier. […] et j’ai aussitôt pensé à nous tous, ces images nous représentaient mieux que n’importe quelle photo de famille. C’était nous, c’étaient nos corps noirs et huileux, privés de mouvement.