Les amants de Spoutnik – Haruki Murakami

Pourquoi ?  Ayant vraiment bien apprécié la lecture de Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, j’avais l’envie de renouveler l’expérience avec Murakami, retrouver son style à a fois épuré et poétique ; me retrouver tout simplement en terrain connu suite à une expérience non concluante avec la plume (talentueuse, mais pas forcément des plus abordables.) de Tony Morison.

L’histoire : Notre narrateur K, jeune professeur insatisfait dans ses relations amoureuses, est en réalité attiré par Sumire. Cette dernière se destine à l’écriture, jusqu’à ce qu’elle tombe sous le charme de Miu, une trentenaire mariée dont elle deviendra la secrétaire.

Et alors ? Facile à lire, le roman vous laissera quand même vous débrouiller avec quelques subtilités ; nous naviguons entre le réel et le monde parallèle.
Avec l’auteur japonais, on se pose, on lit, on se questionne, on voyage. Le tout est calmement bousculé par certaines situations qui tiennent de l’irréel. La part de l’onirisme dans le roman est assez légère, mais essentielle. Elle tient davantage à de la poésie, de l’image. (Rien que le nom Spoutnik a son importance.)
Il se passe peu de choses, mais j’ai parcouru le livre sans ennui, peut-être juste un peu déçue, car j’ai été moins saisie que pour Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil (oui bon je m’attendais à plus de sensualité, forcément le sujet étant un triangle amoureux, j’ai peut-être fantasmé.) Or, il est question d’autre chose, les protagonistes s’appesantissent plus sur des sujets comme la solitude, l’écriture, mais aussi le manque de désir.

En bref ; Si vous ne voulez pas être guidé, et que vous avez envie d’une part de réel, une part de flou et une part rien que pour vous, tester Murakami.

Extrait :
C’est sans doute pour cette raison que, très jeune, j’appris à tracer une frontière invisible avec les autres. J’établissais une distance subtile entre moi et mes relations, quelles qu’elles soient, et observais les réactions de mes partenaires en veillant à ce que cette distance ne rétrécisse pas.

Sumire se leva lentement, et entreprit de mettre le pyjama de Miu. Il fallut du temps pour en refermer les boutons. Elle n’avait aucune force dans les doigts. Pourtant Miu la regarda sans faire un geste pour l’aider, comme si elle observait une sorte de cérémonie religieuse.

 

 

Droit dans le mur – Nick Gardel

 

Pourquoi ? Au départ, rien ne me destinait à cette lecture…. Et puis je suis tombée en arrêt devant une couverture (différente de l’e-book.)

Le décalage entre le titre et l’image m’a fait sourire et aiguiser ma curiosité. L’on m’a promis un bon roman. Il ne m’en fallait pas plus pour craquer…

L’histoire : Retraité et veuf, Michel croit à la tranquillité de ces vieux jours, et s’apprête à repeindre ses volets… C’est sans compter la découverte d’un trésor, la volonté du voisinage d’empiéter sur le territoire de l’autre, les cadavres qui s’amoncellent, et une secte de fous du sexe.

Et alors ? Je ne lis que très rarement des romans d’humour, mais c’est la première fois que je me suis retenue de ne pas m’esclaffer. Alors vous allez me demander quel est le secret de ce livre ? C’est son style, un style décapant, riche, des répliques qui font mouche, des descriptions hautes en couleur. L’auteur m’avait dit tu verras, ça se lit vite. Oui et non. L’histoire est courte, mais les phrases, les formulations sont travaillées. Il n’y a rien de tout fait, de déjà servi, tout est fait maison.

Les personnages sont fleuris ; le vigile à la retraite, flegmatique, bien aux faits des limites de son âge, le gourou et ses fidèles camés pour booster leur libido, le voisin anglais au langage fait de bric et de broc. Tout ce petit monde va vivre des situations improbables. Et derrière l’exagération, nous rions de la vérité qui en découle.

J’ai pensé à The Big Lebowski en le lisant, avec cet humour décalé et jouissif. On pourrait même se dire qu’il serait bon que les frères Cohen se penchent sur ce petit bijou.

En bref : Droit dans le mur, c’est un délicieux mélange des genres, c’est un peu un polar en pleine campagne mâtiné d’humour noir et d’absurde, le tout saupoudré de sexe débridé.

Pour trouver Droit dans le mur :

https://www.amazon.fr/DROIT-DANS-MUR-Nick-GARDEL-ebook/dp/B072MLG2D7/ref=sr_1_3?s=books&ie=UTF8&qid=1504366937&sr=1-3

 

Extraits :

Les après-midi dans la montagne sont assez calmes. Ils alignent en général un recommencement qui ne se laisse aucune place à l’improvisation. Il y a bien, parfois, quelques aléas météorologiques qui viennent bousculer l’ordre établi. Mais dans l’ensemble on y distille un ennui cinq étoiles.

La baraque de David Waters était à l’image même de sa vision de l’existence. L’apparence n’ayant aucune prise sur lui, les lieux se devaient d’être livrés à eux mêmes. Un écosystème poussiéreux y vivait donc en harmonie avec l’occupant.

Mon samaritain s’appelait Esteban et consommait bien plus de salive que sa R5 ne suçait de super. Il pratiquait une logorrhée bilingue où il prenait soin de traduire dans un français plus qu’approximatif son espagnol fleuri.

Knysna – Odéhia Nadaco

Pourquoi ? Le couverture et plusieurs bons commentaires revenaient régulièrement sur les réseaux sociaux. Cette lecture a d’abord été repoussée, car mis au courant de la scène d’ouverture, je redoutais une histoire pesante… Heureusement, j’ai changé d’avis et fait connaissance avec Knysna…

L’histoire : Knysna, c’est avant tout l’histoire de deux hommes. D’un côté, Hilton, issue d’un milieu aisé, qui est en proie avec une relation fougueuse et en pointillés. De l’autre Michaël qui se retrouve anéanti après la mort de sa petite fille lors d’une fusillade.

Et alors ? J’ai beaucoup aimé ce roman noir qui distille un suspens léger et troublant. Il n’y a pas une surenchère de rebondissements ; ce n’est pas une lecture qui s’inscrit dans un schéma préétabli imposant un rythme qui va crescendo. Rien que la présence de Knysna est originale. Le roman porte son nom, mais sa présence est simplement vaporisée et la rend d’autant plus obsédante.

Le style est direct et s’accorde tout à fait à l’histoire. Les descriptions réduites aux couleurs, aux impressions que l’auteure veut mettre en avant. J’avais presque l’impression de lire un livre en noir et blanc dans lequel se baladait un personnage avec une coupe de cheveux blonde et anarchique.

Allez si j’ai une remarque, j’aurai aimé que le passé d’Hilton soit plus exploité, obtenir davantage de détails. (les détails et moi…) L’auteure a réussi à rentre ce personnage à la peau diaphane et à la coupe de cheveux improbable très attachant, alors forcément ma curiosité est aiguisée…

En bref : Un roman noir, une ambiance sombre et un final qui fait froid dans le dos…

Pour trouver Knysna :

https://www.amazon.fr/Knysna-Odehia-Nadaco-ebook/dp/B01GCIEPC2/ref=cm_cr_arp_d_product_top?ie=UTF8

Extraits :

Hilton n’avait rien contre la campagne, rien contre ces forêts de contes de fées, mais à cet instant cela ressemblait plutôt à un calvaire. Ou à une planque. Un chouette coin pour faire des trucs pas très nets hors de vue de tout le monde.

Il ne connaissait pas les lieux et erra un moment dans les couloirs décorés de tentures et d’objet de toutes sortes. C’était une balade un peu irréelle, peut-être à cause du degré d’alcool qui courait dans ses veines, bien incapable qu’il était de prendre conscience de la valeur de ces choses.

Kuru – Katia Campagne

Pourquoi ? Je n’ai pas peur de le dire… c’est la couverture que je trouve sublime et qui m’a donné envie. Et puis une histoire de cannibales avec quelques commentaires me promettant un page turner m’ont décidé à passer à table…

L’histoire : Différents personnages nous sont présentés et leur histoire va converger vers une terrible contamination qui ramène l’anthropophagie à Chartres !

Et alors ? On ne m’a pas menti, ce livre est addictif. La construction est soignée, un départ vraiment accrocheur, les différents personnages bien amenés, un style efficace avec quelques petites notes d’humour qui passent bien, car peu nombreuses et bien ciblées.

Et le cannibalisme ? Kuru est-il une avalanche de passages gore qui vous éloigneraient de votre steak tartare un petit bout de temps ? Non, l’auteure ne sort pas l’artillerie lourde, mais mise sur d’autres effets que l’hémoglobine à outrance, notamment le secret de famille qui tâche, ainsi que la séduisante idée de réveiller le cannibalisme à Chartres. Je vous rassure, il  n’y a pas que les capitales qui ont droit à leur lot de bouffeurs de chairs humaines !

Je voudrais aussi parler de la couverture, vraiment très belle, ce banquet dressé qui rappelle des événements familiaux, alors que les membres sont absents… Une vaisselle ancienne, presque trop chargée. Malgré tout, cette majestueuse table est quelque peu trompeuse. Kuru n’est pas une histoire qui se passe dans le passé, mais c’est plutôt le passé qui revient en force pour contaminer (c’est le cas de le dire) la vie de nos protagonistes. On pourrait aussi croire à un repas tout en longueur. Or, Kuru possède un rythme soutenu (même un peu trop vers la fin.) Les lecteurs adeptes du page-turner comme on dit, seront servis !

Bon je suis juste mitigée sur deux petits points. Au début les deux personnages principaux font chacun de leur côté une rencontre importante, au moment où dans leur vie bascule de façon assez brutale. Je trouve qu’il leur tombe un peu beaucoup dessus d’un coup d’un seul. (bonnes comme mauvaises choses !)

Quant à la fin, elle me parait amenée un peu trop rapidement. Les éléments s’enchainent et j’avoue qu’il me manque un petit quelque chose à ce moment là.

Il n’empêche que l’auteure a sans doute pris un grand plaisir à écrire son roman, et que cela doit être communicatif ; au fil des pages une envie de tartare de boeuf m’a quelque peu titillée. Peut-être que je dois m’inquiéter ?

Pour trouver Kuru :

https://www.amazon.fr/KURU-Katia-CAMPAGNE-ebook/dp/B072FSQ2MZ/ref=cm_cr_arp_d_product_top?ie=UTF8

Extraits :

Je l’aidais à mettre la table et nous mangeâmes en silence une sorte de ragoût dont elle avait le secret. Je devais reconnaitre qu’elle avait un don pour faire à manger.

Un deuxième organe atterrit dans un deuxième sac, que je refermai aussi précautionneusement que le premier et replaçais machinalement dans la boite réfrigérée.

Des morts, des vivants – Frédéric Soulier

(5 / 5)

Pourquoi ? Alors au début ce n’était pas gagné que je lise Des morts, des vivants. Sur le groupe de lecture Accro aux livres, je rencontrais un énergumène qui faisait la promotion de ce que je pensais être une énième histoire de zombies. C’est en découvrant sa prose au détour de quelques articles et après avoir lu deux de ces nouvelles, que je me suis lancée dans la lecture….

L’histoire : Nous faisons un saut dans le temps pour nous retrouver dans les ruines de notre monde, ravagé par ce que nos croyances et notre soif de pouvoir font de pire. Les rôles ont changé, l’Europe ciblée par la bombe Beyoncé (oui oui, ici Queen B est radioactive au premier sens du terme.) cherche à fuir, les bombardements, la répression et les morts-vivants.

Et alors ? Assez admirative, puisque l’auteur se sert d’un sujet surexploité (la contamination à grande échelle.) pour te livrer une oeuvre des plus originales. On laisse de côté le trait d’union, ici on parle des morts et des vivants, et surtout de l’âme humaine malmenée face à des situations extrêmes.

Beaucoup de force sont dans le roman. Il y a tout d’abord une résonance avec notre monde d’aujourd’hui… Mis à part les zombies (qui ne sont au final pas le point central de l’histoire.) la vision d’un futur plausible fait froid dans le dos. La religion qui nourrit la guerre qui engendre une barbarie admise. On est à se demander qui est réellement contaminé, les morts qui reviennent à la vie ou ces miliciens qui instaurent de nouvelles lois.

L’autre puissance c’est le style. Pip le narrateur parle une sorte de patois qui mélange différents registres de langues avec quelques mots volontairement déformés (nirlandais, prosquimité, abondasif, .) Certains lecteurs peuvent en être déroutés, d’autres embarqués, comme je l’ai été. Je suis allée au Cratère, dans ce camp de réfugiés, ils fuient la guerre, veulent échapper aux zombies, ils sont rassemblés dans la crasse, au milieu des mouches, confrontés aux maladies (la gale), à la famine et à ce qu’ils considèrent comme le pire …. l’ennui.

En bref : C’est une vision noire, révoltante d’un futur qu’on ne veut pas, une histoire de fuite et de quête d’un monde meilleur. Mais c’est aussi un petit bijou qui malmène la langue française pour en sortir le meilleur. Je recommande tout simplement.

Pour trouver Des morts, des vivants :

https://www.amazon.fr/morts-vivants-Fr%C3%A9d%C3%A9ric-Soulier-ebook/dp/B06XWY3TQ6

Pour les récalcitrants d’Amazon, vous avez plein de moyens de vous procurer du Soulier  https://fredericsoulier.wixsite.com/auteurindependant

Et puis pour vous donner envie : une interview de Pip le Clou, le narrateur du roman :

En tête à tête avec un personnage de roman – Philippe Lacroix personnage de « Des morts des vivants » de Frédéric Soulier

Extraits :

Au Cratère se parlait un drôle de langage, mélange d’argot, d’interjections, d’élision et d’emprunts altérés aux diverses langues parlées par les habitants. C’était un sabir que je vous retranscris pas à l’identique, et dont je me contente de vus faire goûter le sel.

Depuis bientôt six mois, les candidats à l’émigration ne passaient plus en Tunisie qu’en perfusion. Les gardes côtes reconvertis en impitoyable cerbères chassaient sans répit les réfugiés. Conséquence, le camp Agira, enflait, faisait de la rétention.

Mais pour un homme qui a perdu toute sa famille en un instant, le dico se déclare incompétent.

 

Survivant – Chuck Palahniuck

(4 / 5)

Pourquoi ? Envie de retrouver la plume déjantée de l’auteur. Fight club et quelques nouvelles de A l’estomac, étant de purs joyaux, Survivant en est peut-être un ? Verdict.

L’histoire : Tender Brandon est seul dans un avion, qu’il a lui même détourné, et attend que le dernier réacteur rende l’âme pour se crasher. En attendant une mort inéluctable, il livre les détails de sa vie hors norme à la boite noire. Son histoire : esclave des temps modernes, issu d’une famille enchainée docilement à une secte les Creedish. Suite aux suicides en masse de tous les adeptes, il se verra propulser au rang de sauveur ultime, le tout orchestré par les médias.

Et alors ? Tellement de choses débordent de ce roman, que c’est bon, mais c’est aussi trop… et malheureusement, j’ai dû faire quelques raccords. je m’explique.

Le début nous donne à saliver, la narrateur nous promet une histoire hors norme et la pagination nous met dans l’ambiance, on va assister à un compte à rebours. (même si je conçois la notion de compte à rebours concernant le crash, mais le reste de l’histoire est quant à elle bien linéaire, avec quelques sauts dans le passé.) enfin bref.

Je me suis régalée avec la première partie. Nous faisons connaissance avec Tender Branson, esclave des temps modernes. Il est « employé » par un couple de riches dont la seule préoccupation est d’avoir une maison qui brille de mille feux et de savoir comment décortiquer correctement un homard. Les trouvailles et les détails abondent et là, je retrouve mon Chuck adoré, décalé avec une minutie dans les descriptions notamment quand il nous explique comment nettoyer toutes sortes de tâches (j’ai même failli avoir une envie de faire du ménage pour vous dire…)

Tender est maniaque, obsessionnel, mais il est surtout entouré de plus cinglés que lui. Il est suivi par une assistante sociale barjot, il rencontre une jeune femme Fertilité, à la limite de la folie. Et quand suite au suicide collectif de toute la secte dont il faisait partie, ainsi que de l’assassinat et/ou suicide des restants, Tender devient un Dieu vivant, grâce à l’aide des médias, il est épaulé par un agent qui a franchi depuis longtemps les frontières de la folie.

Quand on lit du Palianick, il faut accepter qu’aucun personnage ne tourne rond et que ce grand n’importe quoi donne un énorme pamphlet contre notre société moderne. La nécessité des gens à vouloir croire en quelqu’un de supérieur, et quand religion et médias s’associent ils n’engendrent qu’excès à la limite d’un fanatisme crétin. La surconsommation, le diktat de la beauté, le culte bêtifiant, tout ça est passé sur le grill où suintent avec bonheur le cynisme et l’humour noir. Je ne peux qu’adhérer aux idées du livre, à ce qu’il dénonce… mais il faut sacrément s’accrocher pour ne pas perdre le fil.

Notamment entre la première et la deuxième partie, quand Tender passe d’esclave au rang de protecteur superstar. C’est presque un virage que je n’ai pas vu venir, et j’ai eu l’impression de courir pour rattraper le train. (alors que le protagoniste est dans un avion me direz-vous.) J’ai failli abandonner les dernières pages, ce que j’aurai fait si on ne m’avait pas promis une touche finale renversante.

Je mets quand même quatre étoiles pour l’imagination sans limite de l’auteur, et même si son roman est parfois un foutu bordel, il écrit des choses terriblement éclairées. (voir les extraits…)

En bref : Un drôle de petit roman que je trouve à la fois génial et un peu compliqué à suivre. L’auteur est comme un chien fou ayant bien du mal à canaliser son imagination qui grandit de façon exponentielle devant tous les bâtons que la société moderne lui lance.

Extraits :

Les gens n’aiment pas qu’on mette de l’ordre dans leur vie. Personne ne veut voir ses problèmes résolus. Ses drames, ses égarements, ses histoires réglées, sa vie débarrassée de ses merdes. Sinon, que resterait-il à tout à chacun ?

La clé du salut, c’est la quantité d’attention que vous recevez. la grandeur de votre image. Votre part de marché. Votre visibilité publique. la reconnaissance de votre nom. Votre suivi presse. Le bouche à oreille.

Le miracle que j’ai à ma disposition est tellement grand qu’il faudra jusqu’au dernier policier de cette ville pour empêcher les foules de me tuer. Chose que je n’ai pas dit à l’agent. je ne lui dis pas que c’es bien là l’idée. Les policiers auront les mains tellement pleines à essayer de me garder en vie […] Détail que je ne précise pas à l’agent.

Le carnaval des illusions – Jo Rouxinol

(4,5 / 5)

Pourquoi ? Jo Rouxinol, c’est une auteure que j’avais repérée dans le groupe de lecture Accro aux livres. Elle avait souvent la réplique constructive pour apaiser certaines tensions littéraires (si si parfois il y en a !) J’apprends alors qu’elle a publié deux romans sur Kindle… de qualité j’entends dire. Je choisis donc de commencer par La carnaval des illusions. Go !

L’histoire : Eva prépare son CAPES, et pour tester sa motivation et sa résistance, elle est pionne dans un collègue de banlieue parisienne. La roman suit l’étudiante dans son rôle de surveillante, avec en écho les souvenirs d’une expérience amoureuse qui l’a fait traverser l’océan pour une immersion au Brésil et plus précisément à Rio dans une association qui oeuvre pour les jeunes des favelas.

Et alors ? Le lecteur est interpellé dès la première phrase « Sale pute, je vais te niquer, wesh ! » Et c’est là la force du livre, on plonge directement dans une ambiance, aussi bien dans les couloirs d’un collège que dans les favelas de Rio.

Nous faisons d’abord la connaissance de quelques élèves, certains fortement dissipés avec leurs vies complexes qui se s’emboitent pas dans l’exigence scolaire. En face d’eux on y retrouve le malaise des jeunes professeurs directement jetés dans l’arène. Des rapports tumultueux aggravés par la violence du cyber harcèlement. Autant de sujets qui sont traités avec une plume photographique (là je pompe sur Kalya Ousmane qui a aussi chroniqué Jo Rouxinol) Une plume qui se veut sans jugement, sans violence, mais qui rend le lecteur encore plus sensible à l’histoire.

Et puis il y a la vie au Brésil, le prolongement d’une histoire d’amour née lors d’un concert à Paris. Eva goûte au paradis sur les plages de Rio, avant d’en percevoir les artères de la misère, et cette injustice tolérée dans les favelas pour le bien du touriste.

A travers la foule de personnages qu’elle rencontre, Eva cherche à aider, aimer, croire en l’humain, elle qui a une famille rétrécie par des départs précipités.

Je ne pense pas me tromper en disant qu’il y a beaucoup de l’auteure dans ce roman. Ce qui explique parfois que le style se modère, qu’il pourrait donner davantage encore. Et c’est pour cette raison que je suis impatiente de retrouver Jo Rouxinol dans une fiction.

En bref : Le carnaval des illusions, c’est Eva et le flot des personnages qui gravitent autour d’elle, qui vivent, s’aiment, veulent y croire et subissent, douloureusement, l’arrêt brutal de la fête.
Il ne faut cependant pas croire à un roman pessimiste. J’ai davantage perçu une envie de se reconstruire coûte que coûte.

Où trouver Le carnaval des illusions ?

https://www.amazon.fr/carnaval-illusions-Jo-Rouxinol-ebook/dp/B01IYISJHK

Extraits :

C’est une toute jeune femme, elle doit avoir 25 ans, mais son être cristallise l’essence professorale dans ce qu’il a de plus caricatural. Un professeur surgi du fond des âges, empli d’un savoir colossal et poussiéreux, si lourd qu’il leste l’esprit et l’entraine comme une pierre dans l’abîme de l’ennui.

Je traque es signes d’une joie qui s’amenuise, les étoiles dans les yeux qui s’éteignent, rien d’inquiétant au début, juste une ou deux dont l’absence d’éclat passe inaperçu, j’essaie de débusquer les traces d’un enthousiasme moins flagrant pour nos promenades ou pour nos conversations, mais jusqu’au bout elles demeurèrent entrecoupées, de digressions, d’éclats de rire et de gaies chamailleries.

Depuis que la police pacificatrice s’était installée dans les bidonvilles, ceux-ci avaient été envahis par les organisateurs d’événements par les touristes, la bourgeoisie carioca de la zone sud qui se barricade volontiers derrière des résidences ultra fermées mais qui aiment investir des territoires plus pauvres le temps d’une nuit festive.

Les visages – Jesse Kellerman

Les visages – Jesse Kellerman – 2009
(3 / 5)

Pourquoi ? Encore un livre pêché lors du rangement de la bibliothèque des beaux parents. Une couverture qui attise ma curiosité et quelques accroches finissent par me convaincre de me lancer dans la lecture. Go !

L’histoire : Ethan Muller est propriétaire d’un galerie. Choix de carrière qu’il dévoile par la suite comme un acte de rébellion… une rébellion envers son père, mais facilitée par la fortune de ce dernier. Enfin… Ethan réussit plutôt bien, gravit les échelons dans un monde de nantis qui aiment qu’on leur dise quoi acquérir comme chef-d’oeuvre. Mais la vie du jeune galeriste est détournée de ses objectifs, le jour où le bras droit de son père lui fait découvrir un tas de papiers griffonnés, qui une fois assemblés forment ce qui semble être une spectaculaire oeuvre d’art. Trouvaille fabuleuse jusqu’à ce qu’un flic à la retraite, lui fasse gentiment remarquer qu’une partie de l’oeuvre révèle les visages des victimes d’un ancien tueur en série.

Et alors ? Le problème de la lecture est qu’on ment un peu sur la marchandise. La quatrième de couverture nous laisse miroiter quelque chose d’haletant, un suspens de grande envergure et  le début du roman va dans ce sens… Sauf qu’il ne s’agit pas que de ça. C’est un bon roman, c’est presque une belle histoire, mais ce n’est pas (et tout à son honneur) un thriller !

Le récit est composé de flash-back pour raconter l’histoire de la famille Muller. Peut-être que l’histoire des origines remontent un peu trop haut, car je me suis un peu perdue dans les branches avant d’atterrir plus fermement et de comprendre où on voulait m’emmener. Et ce sont notamment ces interludes dans le passé qui relèvent la fin du livre, puisque j’ai trouvé plus intéressant l’histoire de la famille Muller que la pseudo enquête d’Ethan et Samantha.

Le style m’a aussi paru un peu inégal. Les quelques références à l’art m’ont ravies, et les descriptions sur le milieu sont un pur régal.  J’adhère moins quand l’auteur veut interpeller son lecteur, (Il faut que je fasse plus roman noir ; en tout cas j’aimerais bien. J’ai même pensé à inventer quelque chose ; pour vous dire à quel point j’avais envie de vous faire plaisir.) Connivence inutile, comme si l’auteur voulait raviver l’attention de son lecteur. Kellerman n’en avait pas forcément besoin.

En bref : Un bon livre qui n’aurait peut-être pas dû prétendre être un thriller. (le pire c’est que l’auteur est tout à fait d’accord avec nous!!)

Extraits :

Une partie de ce qui nous attire chez les artistes est leur altérité, leur refus du conformiste, leur majeur brandi au visage de la société. […] Les peintres sans le sou se consolent en rêvant au jour lointain où leur folie sera admirée comme génie précurseur.

D’autres essayaient de m’entrainer dans des conversations sur des artistes et des expos dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Le rythme du marché contemporain est tel qu’il s’agit de s’absenter à peine plus d’un mois pour se retrouver complètement hors du coup.

Rosa Candida – Audur Ava Olafsdottir

(3 / 5)

Pourquoi ? J’ai honte mais j’assume. La couverture, ses couleurs, ses motifs, sa texture. Une collection qui tient bien en main, et comme on me promet que quelques milliers de lecteurs ont été séduits, alors pourquoi pas moi ?

L’histoire : Lobbi quitte son pays natal pour s’occuper du roseraie d’un monastère. Il laisse derrière lui, un père récemment veuf, un frère autiste, sans oublier la compagne d’une nuit qui lui a donné une petite fille.

Et alors ? Séduite par le style de l’auteur, fluide, avec de petites touches d’humour. C’est un livre pour les amateurs de lecture tranquille, on se pose quelques questions, on jardine, on rencontre des personnages, on déterre quelques souvenirs douloureux, et puis on se pose des questions. Peut-être trop … Séduite par le première moitié, la dernière étape fut un peu plus pénible. Je sais la mère exemplaire que je suis aurais dû s’émerveiller du rapport père-enfant qui unit notre Lobbi à sa petite fille, mais il n’y a que du mielleux qui sort, et là je n’y crois plus. Il me semble qu’ils tournent tous beaucoup autour d’eux-mêmes et cherchent désespérément des complications. Je suis peut-être trop vieille pour ce genre de roman…

En bref : Roman d’initiation, charmant, mais trop mielleux pour le final.

Extraits : 

Il me faut pas mal de temps pour convaincre mon père, à qui il manque trois ans pour être octogénaire et qui veut prendre l’avion avec son fils handicapé, que je n’ai besoin de personne pour s’occuper de moi.

Ce n’est pourtant pas comme si j’avouais mes péchés ou quelque chose comme ça, dans l’attente de recevoir l’absolution. Ce n’est pas non plus que je sois en quête des conseils d’un homme dont l’expérience a été acquise à l’écoute de tout et de rien, c’est plutôt que je vide mon sac auprès de mon voisin et ami de chambre d’à côté.

L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafon

L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafron – 2001
(3 / 5)

Pourquoi ? Parce qu’il faut vider la bibliothèque des beaux-parents, et que ce roman promet du bon… Allons y !

L’histoire : Barcelone, après la guerre civile espagnole, un jeune garçon est emmené par son père dans une bibliothèque : le cimetière des livres oubliés. Notre Daniel pioche un roman, et découvrira un texte qui le fera vibrer, si bien qu’il partira en quête de Julian Carax ; un auteur au destin tragique.

Et alors ? Et bien je vais avoir beaucoup de mal à donner mon avis, puisque l’épaisseur m’a fait traversé plusieurs émotions : début remarquable, une juste alternance entre action, dialogue, description, le tout servi avec une jolie plume. Notre héros, tourmenté et sublimé par la lecture d’un roman promis aux oubliettes a décidé de mener son enquête pour retracer l’histoire de l’auteur. Il rencontre des fans de la première heure qui cultivent l’adoration autour de l’écrivain, surtout qu’une terrible malédiction guette ses oeuvres ; la majorité des ouvrages ont été brûlés lors d’un mystérieux incendie. Un soupçon de fantastique dans une histoire qui prend racine en pleine guerre civile espagnole : j’étais conquise !

Mais sans prévenir, ça devient lourd à digérer. On quitte l’ambiance qui me semblait un peu poussiéreuse, sympathiquement mystérieuse pour laisser place à la recherche de l’auteur mort et enterré. Vous allez me dire que c’est la trame du livre. Oui mais voilà. Le destin de Julian Carax est gentiment tissé au travers de témoignages des différents personnes qui l’ont connu. Et c’est là que j’ai un peu lâché l’affaire, un peu déroutée par la chance indicible de nos protagonistes de dénicher des témoins disponibles, bavards, avec une mémoire sans faille. Une fois ça passe, deux fois ça lasse, et au bout du troisième…

Deuxième petit souci, des personnages dont on aurait pu se passer. Le grand méchant qui est là … pour faire le grand méchant, et un compagnon de route, présent pour détendre l’atmosphère, mais qui au final l’alourdit. Mon intérêt pour le livre est revenu dès qu’ils ont quitté la scène.

Le final ne m’a pas déplu, mais j’ai eu l’impression de l’avoir survolé.

En bref : Une lecture plaisante qui aurait gagner à être plus courte, à se délester de certains codes qui ne lui étaient pas nécessaires.

Extraits :

Il prit vite la manie de dessiner des anges avec des dents de loup et inventait des histoires d’esprits cagoulés qui sortaient des murs pour manger les idées des gens pendant leur sommeil. Avec le temps, le chapelier perdit tout espoir de conduire ce garçon dans le droit chemin. L’enfant n’était pas un Fortuny et ne le serait jamais.

M Valls, convaincu que les femmes étaient incapable de composer autre chose que des chaussettes tricotées et des courtepointes crochetées, voyaient néanmoins d’un bon oeil que sa fille sache se débrouiller au piano, car projetant de lui faire épouser un héritier titré, il savait que les gens raffinés aimaient qu’à la docilité et la fertilité de leur jeunesse en fleur, les demoiselles à marier ajoutent un ou deux talents pour leur art d’agréments.