Le carnaval des illusions – Jo Rouxinol

(4,5 / 5)

Pourquoi ? Jo Rouxinol, c’est une auteure que j’avais repérée dans le groupe de lecture Accro aux livres. Elle avait souvent la réplique constructive pour apaiser certaines tensions littéraires (si si parfois il y en a !) J’apprends alors qu’elle a publié deux romans sur Kindle… de qualité j’entends dire. Je choisis donc de commencer par La carnaval des illusions. Go !

L’histoire : Eva prépare son CAPES, et pour tester sa motivation et sa résistance, elle est pionne dans un collègue de banlieue parisienne. La roman suit l’étudiante dans son rôle de surveillante, avec en écho les souvenirs d’une expérience amoureuse qui l’a fait traverser l’océan pour une immersion au Brésil et plus précisément à Rio dans une association qui oeuvre pour les jeunes des favelas.

Et alors ? Le lecteur est interpellé dès la première phrase « Sale pute, je vais te niquer, wesh ! » Et c’est là la force du livre, on plonge directement dans une ambiance, aussi bien dans les couloirs d’un collège que dans les favelas de Rio.

Nous faisons d’abord la connaissance de quelques élèves, certains fortement dissipés avec leurs vies complexes qui se s’emboitent pas dans l’exigence scolaire. En face d’eux on y retrouve le malaise des jeunes professeurs directement jetés dans l’arène. Des rapports tumultueux aggravés par la violence du cyber harcèlement. Autant de sujets qui sont traités avec une plume photographique (là je pompe sur Kalya Ousmane qui a aussi chroniqué Jo Rouxinol) Une plume qui se veut sans jugement, sans violence, mais qui rend le lecteur encore plus sensible à l’histoire.

Et puis il y a la vie au Brésil, le prolongement d’une histoire d’amour née lors d’un concert à Paris. Eva goûte au paradis sur les plages de Rio, avant d’en percevoir les artères de la misère, et cette injustice tolérée dans les favelas pour le bien du touriste.

A travers la foule de personnages qu’elle rencontre, Eva cherche à aider, aimer, croire en l’humain, elle qui a une famille rétrécie par des départs précipités.

Je ne pense pas me tromper en disant qu’il y a beaucoup de l’auteure dans ce roman. Ce qui explique parfois que le style se modère, qu’il pourrait donner davantage encore. Et c’est pour cette raison que je suis impatiente de retrouver Jo Rouxinol dans une fiction.

En bref : Le carnaval des illusions, c’est Eva et le flot des personnages qui gravitent autour d’elle, qui vivent, s’aiment, veulent y croire et subissent, douloureusement, l’arrêt brutal de la fête.
Il ne faut cependant pas croire à un roman pessimiste. J’ai davantage perçu une envie de se reconstruire coûte que coûte.

Où trouver Le carnaval des illusions ?

https://www.amazon.fr/carnaval-illusions-Jo-Rouxinol-ebook/dp/B01IYISJHK

Extraits :

C’est une toute jeune femme, elle doit avoir 25 ans, mais son être cristallise l’essence professorale dans ce qu’il a de plus caricatural. Un professeur surgi du fond des âges, empli d’un savoir colossal et poussiéreux, si lourd qu’il leste l’esprit et l’entraine comme une pierre dans l’abîme de l’ennui.

Je traque es signes d’une joie qui s’amenuise, les étoiles dans les yeux qui s’éteignent, rien d’inquiétant au début, juste une ou deux dont l’absence d’éclat passe inaperçu, j’essaie de débusquer les traces d’un enthousiasme moins flagrant pour nos promenades ou pour nos conversations, mais jusqu’au bout elles demeurèrent entrecoupées, de digressions, d’éclats de rire et de gaies chamailleries.

Depuis que la police pacificatrice s’était installée dans les bidonvilles, ceux-ci avaient été envahis par les organisateurs d’événements par les touristes, la bourgeoisie carioca de la zone sud qui se barricade volontiers derrière des résidences ultra fermées mais qui aiment investir des territoires plus pauvres le temps d’une nuit festive.

Les visages – Jesse Kellerman

Les visages – Jesse Kellerman – 2009
(3 / 5)

Pourquoi ? Encore un livre pêché lors du rangement de la bibliothèque des beaux parents. Une couverture qui attise ma curiosité et quelques accroches finissent par me convaincre de me lancer dans la lecture. Go !

L’histoire : Ethan Muller est propriétaire d’un galerie. Choix de carrière qu’il dévoile par la suite comme un acte de rébellion… une rébellion envers son père, mais facilitée par la fortune de ce dernier. Enfin… Ethan réussit plutôt bien, gravit les échelons dans un monde de nantis qui aiment qu’on leur dise quoi acquérir comme chef-d’oeuvre. Mais la vie du jeune galeriste est détournée de ses objectifs, le jour où le bras droit de son père lui fait découvrir un tas de papiers griffonnés, qui une fois assemblés forment ce qui semble être une spectaculaire oeuvre d’art. Trouvaille fabuleuse jusqu’à ce qu’un flic à la retraite, lui fasse gentiment remarquer qu’une partie de l’oeuvre révèle les visages des victimes d’un ancien tueur en série.

Et alors ? Le problème de la lecture est qu’on ment un peu sur la marchandise. La quatrième de couverture nous laisse miroiter quelque chose d’haletant, un suspens de grande envergure et  le début du roman va dans ce sens… Sauf qu’il ne s’agit pas que de ça. C’est un bon roman, c’est presque une belle histoire, mais ce n’est pas (et tout à son honneur) un thriller !

Le récit est composé de flash-back pour raconter l’histoire de la famille Muller. Peut-être que l’histoire des origines remontent un peu trop haut, car je me suis un peu perdue dans les branches avant d’atterrir plus fermement et de comprendre où on voulait m’emmener. Et ce sont notamment ces interludes dans le passé qui relèvent la fin du livre, puisque j’ai trouvé plus intéressant l’histoire de la famille Muller que la pseudo enquête d’Ethan et Samantha.

Le style m’a aussi paru un peu inégal. Les quelques références à l’art m’ont ravies, et les descriptions sur le milieu sont un pur régal.  J’adhère moins quand l’auteur veut interpeller son lecteur, (Il faut que je fasse plus roman noir ; en tout cas j’aimerais bien. J’ai même pensé à inventer quelque chose ; pour vous dire à quel point j’avais envie de vous faire plaisir.) Connivence inutile, comme si l’auteur voulait raviver l’attention de son lecteur. Kellerman n’en avait pas forcément besoin.

En bref : Un bon livre qui n’aurait peut-être pas dû prétendre être un thriller. (le pire c’est que l’auteur est tout à fait d’accord avec nous!!)

Extraits :

Une partie de ce qui nous attire chez les artistes est leur altérité, leur refus du conformiste, leur majeur brandi au visage de la société. […] Les peintres sans le sou se consolent en rêvant au jour lointain où leur folie sera admirée comme génie précurseur.

D’autres essayaient de m’entrainer dans des conversations sur des artistes et des expos dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Le rythme du marché contemporain est tel qu’il s’agit de s’absenter à peine plus d’un mois pour se retrouver complètement hors du coup.

Rosa Candida – Audur Ava Olafsdottir

(3 / 5)

Pourquoi ? J’ai honte mais j’assume. La couverture, ses couleurs, ses motifs, sa texture. Une collection qui tient bien en main, et comme on me promet que quelques milliers de lecteurs ont été séduits, alors pourquoi pas moi ?

L’histoire : Lobbi quitte son pays natal pour s’occuper du roseraie d’un monastère. Il laisse derrière lui, un père récemment veuf, un frère autiste, sans oublier la compagne d’une nuit qui lui a donné une petite fille.

Et alors ? Séduite par le style de l’auteur, fluide, avec de petites touches d’humour. C’est un livre pour les amateurs de lecture tranquille, on se pose quelques questions, on jardine, on rencontre des personnages, on déterre quelques souvenirs douloureux, et puis on se pose des questions. Peut-être trop … Séduite par le première moitié, la dernière étape fut un peu plus pénible. Je sais la mère exemplaire que je suis aurais dû s’émerveiller du rapport père-enfant qui unit notre Lobbi à sa petite fille, mais il n’y a que du mielleux qui sort, et là je n’y crois plus. Il me semble qu’ils tournent tous beaucoup autour d’eux-mêmes et cherchent désespérément des complications. Je suis peut-être trop vieille pour ce genre de roman…

En bref : Roman d’initiation, charmant, mais trop mielleux pour le final.

Extraits : 

Il me faut pas mal de temps pour convaincre mon père, à qui il manque trois ans pour être octogénaire et qui veut prendre l’avion avec son fils handicapé, que je n’ai besoin de personne pour s’occuper de moi.

Ce n’est pourtant pas comme si j’avouais mes péchés ou quelque chose comme ça, dans l’attente de recevoir l’absolution. Ce n’est pas non plus que je sois en quête des conseils d’un homme dont l’expérience a été acquise à l’écoute de tout et de rien, c’est plutôt que je vide mon sac auprès de mon voisin et ami de chambre d’à côté.

L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafon

L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafron – 2001
(3 / 5)

Pourquoi ? Parce qu’il faut vider la bibliothèque des beaux-parents, et que ce roman promet du bon… Allons y !

L’histoire : Barcelone, après la guerre civile espagnole, un jeune garçon est emmené par son père dans une bibliothèque : le cimetière des livres oubliés. Notre Daniel pioche un roman, et découvrira un texte qui le fera vibrer, si bien qu’il partira en quête de Julian Carax ; un auteur au destin tragique.

Et alors ? Et bien je vais avoir beaucoup de mal à donner mon avis, puisque l’épaisseur m’a fait traversé plusieurs émotions : début remarquable, une juste alternance entre action, dialogue, description, le tout servi avec une jolie plume. Notre héros, tourmenté et sublimé par la lecture d’un roman promis aux oubliettes a décidé de mener son enquête pour retracer l’histoire de l’auteur. Il rencontre des fans de la première heure qui cultivent l’adoration autour de l’écrivain, surtout qu’une terrible malédiction guette ses oeuvres ; la majorité des ouvrages ont été brûlés lors d’un mystérieux incendie. Un soupçon de fantastique dans une histoire qui prend racine en pleine guerre civile espagnole : j’étais conquise !

Mais sans prévenir, ça devient lourd à digérer. On quitte l’ambiance qui me semblait un peu poussiéreuse, sympathiquement mystérieuse pour laisser place à la recherche de l’auteur mort et enterré. Vous allez me dire que c’est la trame du livre. Oui mais voilà. Le destin de Julian Carax est gentiment tissé au travers de témoignages des différents personnes qui l’ont connu. Et c’est là que j’ai un peu lâché l’affaire, un peu déroutée par la chance indicible de nos protagonistes de dénicher des témoins disponibles, bavards, avec une mémoire sans faille. Une fois ça passe, deux fois ça lasse, et au bout du troisième…

Deuxième petit souci, des personnages dont on aurait pu se passer. Le grand méchant qui est là … pour faire le grand méchant, et un compagnon de route, présent pour détendre l’atmosphère, mais qui au final l’alourdit. Mon intérêt pour le livre est revenu dès qu’ils ont quitté la scène.

Le final ne m’a pas déplu, mais j’ai eu l’impression de l’avoir survolé.

En bref : Une lecture plaisante qui aurait gagner à être plus courte, à se délester de certains codes qui ne lui étaient pas nécessaires.

Extraits :

Il prit vite la manie de dessiner des anges avec des dents de loup et inventait des histoires d’esprits cagoulés qui sortaient des murs pour manger les idées des gens pendant leur sommeil. Avec le temps, le chapelier perdit tout espoir de conduire ce garçon dans le droit chemin. L’enfant n’était pas un Fortuny et ne le serait jamais.

M Valls, convaincu que les femmes étaient incapable de composer autre chose que des chaussettes tricotées et des courtepointes crochetées, voyaient néanmoins d’un bon oeil que sa fille sache se débrouiller au piano, car projetant de lui faire épouser un héritier titré, il savait que les gens raffinés aimaient qu’à la docilité et la fertilité de leur jeunesse en fleur, les demoiselles à marier ajoutent un ou deux talents pour leur art d’agréments.

Petite soeur mon amour – Joyce Carol Oates

Petite Soeur mon amour – Joyce Carol Oates – 2008
(4,5 / 5)

Pourquoi ? Parce que Joyce Carol Oates qui tricote minutieusement autour d’un sordide fait divers ne pouvait qu’attirer mon attention. Et c’est parti !

L’histoire : Une trop jeune princesse de la glace se fait assassiner. L’enquête patine (désolée pour le jeu de mot) et les tabloïds glissent sur l’affaire pour vendre. Une terrible occasion pour l’écrivain américain de salir tout ce petit monde qui gravite autour de notre jeune victime : parents, organisateurs de concours, médias, tous ces adultes qui exploitent les enfants pour briller par procuration…

Et alors ? Une histoire qui ne nous laisse pas de glace (je vous promets c’est le dernier jeu de mots) Plus sérieusement, avant de s’attaquer à ce pavé, il convient de parler de ce fait divers qui a servi de petite graine pour l’imagination fertile de Madame Oates. En 1996 une mini miss  est retrouvée morte, ligotée et violentée dans la cave de la maison familiale. L’affaire ne sera jamais résolue. Oates s’empare de ce point de départ pour nous donner sa version à elle. Dérangeant évidemment, puisque l’auteur nous offre une fin à une affaire non résolue ! Mais cette histoire, dont les racine proviennent de faits réels et qui sont par la suite trafiqués, rafistolés, agencés pour faire nous livrer une oeuvre militante et terriblement cynique.

C’est par le regard de Slyler, le frère ainé, que nous est servi l’anatomie du drame. Ses pensées sont parfois hachées, répétitives. Certains chapitres se résument à une phrase, une pensée, une remarque. Il y a de nombreuses phrases longues, décousues, avec un recours à l’annotation pour nous abreuver de détails. La ponctuation est quant à elle largement utilisée, sous toutes ses formes. Une parfaite illustration de l’esprit dérangé du narrateur qui parfois s’embrouille et s’en excuse. Est-il lui même au courant de tout ? Est-il bien conscient de tout ? Il regarde de loin ces adultes qui cherchent leur propre gloire au travers de leurs enfants.

En bref : Oeuvre glaçante sur les enfants star, miroir inconscient des rêves d’adultes.

Extraits :

Au lieu de la vilaine et quelconque Edna Louise, ce fut Bliss, belle et transfigurée, qui fit ses début dans le patinage, âgée de quatre ans, à la patinoire Meadowlands par un soir de neige et de vent, le jour de la Saint Valentin 1994. Maman pleura de reconnaissance quand les responsables de bouts de chou acceptèrent de procéder à un changement de nom de dernière minute moyennant une simple amende de cinquante dollars.

Ce matin-là, sachant apparemment qu’il ne se retournerait jamais dans l’école privée ‘prestigieuse’ ‘fermée ‘ où Skyler avait -enfin !-  acquis la réputation d’être, sinon ‘normal’ du moins pas incurablement ‘bizarre’ : car l’éclat de la célébrité de sa soeur projetait sur lui une lueur lunaire flatteuse, et il était devenu courant que les filles les plus populaires de l’école […] l’abordent pour lui poser des questions passionnées sur Bliss. Sans parler de l’éclat additionnel de la distinction HPI, qu’il allait perdre à jamais.

Rencontre avec Clément Lefèvre, illustrateur Bande Dessinées

Mais pourquoi ?

Me voilà, par une journée pluvieuse et profitant d’un moment de liberté, à la librairie Au Temps Lire, afin d’aller chercher une dose de lectures. A peine rentrée dans ce petit paradis, mon regard va vers une table où l’on dessine dans un silence quasi religieux.

Je m’approche et vois Clément Lefèvre, armé de son pinceau à réservoir d’eau et qui en quelque gestes qui nous feraient hésiter entre la facilité et la magie, donne vie à Epiphanie Frayeur. Evidemment quand je vois ce genre de prouesse, je me dis que moi aussi je veux ma dédicace personnalisée et en couleur s’il vous plait !

L’histoire :

Mais d’abord faisons connaissance avec Epiphanie Frayeur ! Cette petite fille au regard craintif et aux gestes mal assurés, vit depuis toujours avec sa peur sur les talons. Quoi de plus normal, puisque sa peur a pris la place de son ombre ! Et pour compliquer la situation, Epiphanie vit une autre situation effrayante : elle a perdu son chemin. Le chemin qui doit la mener vers la thérapie dont elle a justement besoin pour se débarrasser de sa peur !

L’épouvantable peur d’Epiphanie Frayeur est une bande dessinée aux allures d’album de jeunesse qui a beaucoup à dire derrière les magnifiques illustrations de Clément Lefèvre. L’histoire, signée Séverine Gauthier, s’adresse aux enfants de huit-dix ans et leur peur inexplicable, encombrante bien ancrée et pas facile à déloger.

Et alors ?

J’ai lu Epiphanie Frayeur à ma fille de 6 ans et demi et après avoir opérer quelques raccourcis ou décodages dû à son âge, elle a adopté le personnage. Identification immédiate au personnage ou à sa peur?? L’ouvrage est une amorce à un dialogue parents-enfants, il est aussi un outil en puissance pour les enseignants (et là je sais qu’il y en a qui m’écoute!)

Mais derrière la peur, on s’amusera avec les jeux de mots mis en illustrations ! J’ai cru même croisé l’humour de Ray

Et pour terminer voici la dédicace personnalisée offerte à ma fille.

En bref : à mettre entre toutes les mains !

 

Brésil – John Updike

Brésil – John Updick – 1994
(5 / 5)

Pourquoi ? Lecture conseillée par le Tigre (auteur d’un très bon blog dont je reparlerai sûrement) je décide de découvrir une histoire d’amour sombre au possible, allons y !

L’histoire : Au Brésil, plus précisément à Rio, nous assistons au coup de foudre, évident et brutal, entre deux jeunes gens issus de milieux opposés. Lui, fils d’une prostituée alcoolique, elle, élevée par son oncle richissime. L’on voudra les séparer, mais leur amour tentera de tout vaincre quitte à passer par les situations les plus glauques…

Et alors ? L’une de mes meilleures jusqu’à présent, et pourtant je suis bien loin de la conseiller à tout le monde. C’est un conte sombre, cruel et cru, servi avec une écriture brillante. Le livre se lit vite si on accepte de passer par des cases les moins réjouissantes. (prostitution, esclavage, captivité.) Nous suivons ce couple amoureux, que le monde, les gens, la malédiction veulent séparer. Ils s’enfonceront dans les pires situations pour vivre à deux. Il y a de la folie dans cet amour démesuré, dans leur fuite truffée de sombres aventures et puis un soupçon de magie pour nous offrir un final renversant qui amène à de perturbantes réflexions. Mais je n’en dirai pas plus.

En bref : Un mets délicat, des plus original qui causera malaise ou émerveillement.

Extraits : 

Il avait, en effet, une mère, une mère qui était une putain, pire qu’une putain, car dans ses souleries, elle couchait avec des hommes sans argent et élevait ses gosses comme des têtards dans le marécage de sa négligence et de ses désirs passagers.

C’était vrai, la cachaça, introduite en contrebande dans la montagne, se vendait très cher et Tristao, pour faire comme les autres garimpeiros, ne refusait pas un verre ou deux.La faiblesse de sa mère qu’il avait toujours méprisée, se réveillait en lui.

Malgré sa sexualité un peu durcie, Isabelle trouvait excitant de recevoir les assauts préoccupés de Tristao, de tenter de s’ajuster à un système nerveux plus anguleux qu’avant, moins arrondi par la pérennité du désespoir.

Lunar Park-Bret Easton Ellis

 

Lunar Park – Bret Easton Ellis – 2005
(5 / 5)

Pourquoi ? L’oeuvre d’un sulfureux auteur américain, affublé du titre de meilleur roman pour Lire en 2005, ne pouvait qu’attirer mon attention. Allons-y !

L’histoire : Bret Easton Ellis use de l’autofiction pour se mettre en page. Il se décrit comme dépendant aussi bien à la vie frelatée qu’aux drogues en tous genres, en passant une propension démesurée au sexe. Suite au décès de son père, l’auteur décide néanmoins de se ranger et d’adhérer au schéma idéal avec femme et enfant. Mais ses ambitions de retour à la case normale sont vite mises à mal par les personnages de ses romans et de son passé qui veulent faire voler en éclat la vie idéale dont il rêvait.

Et alors ? Complètement retournée par la première partie. Ellis se caricature à outrance ou plutôt livre le portrait que les gens ont dressé pour lui. Est-il réellement maitre de son image ? La partie autobiographique (arrangée à l’excès) laissera ensuite la place à la fiction ; Bret s’imagine enfin rangé et brode une histoire avec quelques fils de vérité. (Il n’est pas forcément des plus optimistes.) En se mettant en scène, il en profite pour égratigner la société, la façon dont nous survolons les catastrophes dans le monde pour mieux nous plonger dans le futile. Les enfants drogués dès le plus jeune âge pour qu’ils rentrent dans le cadre voulus par leurs parents eux-mêmes accros à ce qu’ils pensent pouvoir les rendre meilleurs. Et avec en toile de fond de sombres histoires de disparition et de meurtres. Bret est-il réellement innocent dans le cauchemar qui commence à prendre forme autour de lui.

Pour lire Lunar Park, il faut adhérer au style de l’auteur, phrases longues, parfois une foule de détails concernant les décors luxueux, ainsi qu’un humour froid dans lequel nous trouvons une mélancolie résignée.

Le lecteur peut-être surpris, car Bret Easton Ellis semble changer de genre en cours de roman, autobiographie, satire de la société pour terminer en ce qui ressemblerait à la fin d’un roman de Stefen King avec une part de fantastique. Déroutant, mais pas dérangeant pour apprécier cet excellent roman, plus complexe qu’il n’y parait.

En bref : si vous n’avez rien contre l’humour noir et blasé, parfois cru, d’un auteur en proie avec la superficialité du monde qui l’entoure, allez-y.

Extraits :

Interférence du jour : il me fallait trouver une phrase pour la promo d’un livre banal et inoffensif, écrit par une connaissance à New-York, encore un roman médiocre et poli (La plainte du millepatte.) qui allait obtenir quelques critiques respectables et puis être oublié à jamais. La phrase que j’ai fini par concevoir était désinvolte et évasive, une suite de mots si vagues qu’elle aurait pu s’appliquer à n’importe quoi : je ne pense pas être tombé sur une oeuvre aussi résolument tournée sur elle-même depuis des années.

La lecture des journaux n’a fait que réveiller ma peur. De nouvelles enquêtes donnaient des statistiques atroces sur à peu près tout. Les preuves apportées suggéraient que nous n’allions pas bien. Les chercheurs en convenaient sinistrement. […] La population était déconcertée et pourtant s’en fichait.

Ecrivain, il m’était plus facile de rêver du scénario le plus enviable que celui qui venait de se dérouler en fait.

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby – 2016
[usr:4]

Pourquoi ? : Parce que je suis toujours obligée de piquer les cadeaux que j’offre à ma mère. Puis lecture conseillée par la Lison, je dis on lit !

L’histoire : La tuberculose, la maladie et la méfiance qu’elle engendre, va bouleverser la vie d’une famille dans les années 50. Alors que la population croit au meilleur avec la fin de la guerre, la création d’une sécurité sociale et la période des Trente glorieuses qui se profile, la famille Blanc se retrouvera dépossédée, démembrée, car n’ayant jamais cotisé.

Et alors ? Ecriture brillante. Le genre de livre qui nous donne envie de noter la poésie percutante déversée tout au long des 250 pages. Roman court donc, mais qui fait son poids. Rapidement dans l’histoire nous subissons le désespoir d’une famille qui occupait le premier plan du village, et se retrouve mise à l’écart par crainte de contagion. La tuberculose, la peste blanche.

Malgré un style qui m’a bluffé pour la première partie, j’ai trouvé que par la suite, les jolies phrases prenaient trop de place, distillées en continu, le dernier tiers m’a un peu lassé. Pas vraiment d’action, peu de dialogue, on dirait davantage une succession de tableaux. Certains pourraient se sentir extérieur aux personnages, même si on ne peut rien reprocher aux qualités d’écriture de Valentine Goby

Quant à la couverture, elle est trompeuse. On pense que l’histoire offre des notes de joies, d’espoir, mais il s’agit avant tout de la lutte terrible d’une jeune fille qui veut réunir sa famille et gagner sa liberté. Or ses deux souhaits se combattent, puisque pour réaliser l’un il faut détruire l’autre.

En bref : Pour les amoureux de jolies phrases qui n’ont pas peur de la tristesse.

Extraits :

Le chuchotement trahit le secret, tous les enfants le savent. […] si le mot est prononcé du bout des lèvres, c’est qu’il ne faut pas le répandre. Elle a raison sans le savoir, la petite, le bacille doit être contenu ; qui sait si Odile ne dit pas le mot tout bas pour réduire son pouvoir de nuisance.

C’est un homme comme ça, honnête jusqu’au tréfonds. mais elle ne peut pas croire, voyant son visage rond, ses grosses mains aux ongles propres, le généreux gâteau aux pommes sous cloche à fromage, qu’il préfère l’honnêteté au malheur.

Le ventre d’Annie. Il la tient à distance de toute contrainte autre que lui, arme, armure, frontière, rempart, abri. Annie est intouchable car elle va être mère. Son ventre est une permission de supplémentaire contre laquelle tout reproche se fracasse. La grossesse est une île.

Des noeuds d’acier – Sandrine Colette

Des noeuds d'acier, Sandrine collette
Des noeuds d’acier – Sandrine Collette – 2013
(3,5 / 5)

Pourquoi ? Parce que le beau-père revenant de vacances me dit qu’il a trouvé un petit quelque chose pour moi. Glauque à souhait… Suis je comma ça ? On va tenter !

L’histoire : Théo sort de prison, devrait éviter de voir son frère, mais il le fait quand même, alors il décide de se mettre au vert. Il aurait dû y réfléchir à deux fois avant de s’isoler avec pour seule compagnie une bande de petits vieux.

Et alors ? Si on n’est pas récalcitrant au glauque et l’ambiance malsaine, c’est un petit roman qui se lit vite. Pour ce premier roman Sandrine Collette se défend bien. L’auteur a une plume efficace et pour les amateurs du genre, c’est un bon cru. Alors laissons les petits vieux jouer quelques notes de banjo et enjoy ! De mon côté, je testerai d’autres romans de l’auteur.

En bref : Du glauque que certains ne pourraient supporter, pour les autres, c’est une captivante captivité.

Extraits : 

J’essaie d’avoir l’air aimable, mais le sourire ne me vient pas. En face de moi, le vieux avance de deux pas pour me dévisager. Il n’est pas grand, un mètre soixante, soixante-cinq peut-être, la barbe et les cheveux coupés entièrement courts, entièrement blanc.

On est chouettes tous les deux, crevards et prisonniers, à se faire des promesses d’entraide et d’amitié éternelle. Je prends son reniflement comme acquiescement, et je me rallonge sur ma planche, épuisé.