Petite soeur mon amour – Joyce Carol Oates

Petite Soeur mon amour – Joyce Carol Oates – 2008
(4,5 / 5)

Pourquoi ? Parce que Joyce Carol Oates qui tricote minutieusement autour d’un sordide fait divers ne pouvait qu’attirer mon attention. Et c’est parti !

L’histoire : Une trop jeune princesse de la glace se fait assassiner. L’enquête patine (désolée pour le jeu de mot) et les tabloïds glissent sur l’affaire pour vendre. Une terrible occasion pour l’écrivain américain de salir tout ce petit monde qui gravite autour de notre jeune victime : parents, organisateurs de concours, médias, tous ces adultes qui exploitent les enfants pour briller par procuration…

Et alors ? Une histoire qui ne nous laisse pas de glace (je vous promets c’est le dernier jeu de mots) Plus sérieusement, avant de s’attaquer à ce pavé, il convient de parler de ce fait divers qui a servi de petite graine pour l’imagination fertile de Madame Oates. En 1996 une mini miss  est retrouvée morte, ligotée et violentée dans la cave de la maison familiale. L’affaire ne sera jamais résolue. Oates s’empare de ce point de départ pour nous donner sa version à elle. Dérangeant évidemment, puisque l’auteur nous offre une fin à une affaire non résolue ! Mais cette histoire, dont les racine proviennent de faits réels et qui sont par la suite trafiqués, rafistolés, agencés pour faire nous livrer une oeuvre militante et terriblement cynique.

C’est par le regard de Slyler, le frère ainé, que nous est servi l’anatomie du drame. Ses pensées sont parfois hachées, répétitives. Certains chapitres se résument à une phrase, une pensée, une remarque. Il y a de nombreuses phrases longues, décousues, avec un recours à l’annotation pour nous abreuver de détails. La ponctuation est quant à elle largement utilisée, sous toutes ses formes. Une parfaite illustration de l’esprit dérangé du narrateur qui parfois s’embrouille et s’en excuse. Est-il lui même au courant de tout ? Est-il bien conscient de tout ? Il regarde de loin ces adultes qui cherchent leur propre gloire au travers de leurs enfants.

En bref : Oeuvre glaçante sur les enfants star, miroir inconscient des rêves d’adultes.

Extraits :

Au lieu de la vilaine et quelconque Edna Louise, ce fut Bliss, belle et transfigurée, qui fit ses début dans le patinage, âgée de quatre ans, à la patinoire Meadowlands par un soir de neige et de vent, le jour de la Saint Valentin 1994. Maman pleura de reconnaissance quand les responsables de bouts de chou acceptèrent de procéder à un changement de nom de dernière minute moyennant une simple amende de cinquante dollars.

Ce matin-là, sachant apparemment qu’il ne se retournerait jamais dans l’école privée ‘prestigieuse’ ‘fermée ‘ où Skyler avait -enfin !-  acquis la réputation d’être, sinon ‘normal’ du moins pas incurablement ‘bizarre’ : car l’éclat de la célébrité de sa soeur projetait sur lui une lueur lunaire flatteuse, et il était devenu courant que les filles les plus populaires de l’école […] l’abordent pour lui poser des questions passionnées sur Bliss. Sans parler de l’éclat additionnel de la distinction HPI, qu’il allait perdre à jamais.

Rencontre avec Clément Lefèvre, illustrateur Bande Dessinées

Mais pourquoi ?

Me voilà, par une journée pluvieuse et profitant d’un moment de liberté, à la librairie Au Temps Lire, afin d’aller chercher une dose de lectures. A peine rentrée dans ce petit paradis, mon regard va vers une table où l’on dessine dans un silence quasi religieux.

Je m’approche et vois Clément Lefèvre, armé de son pinceau à réservoir d’eau et qui en quelque gestes qui nous feraient hésiter entre la facilité et la magie, donne vie à Epiphanie Frayeur. Evidemment quand je vois ce genre de prouesse, je me dis que moi aussi je veux ma dédicace personnalisée et en couleur s’il vous plait !

L’histoire :

Mais d’abord faisons connaissance avec Epiphanie Frayeur ! Cette petite fille au regard craintif et aux gestes mal assurés, vit depuis toujours avec sa peur sur les talons. Quoi de plus normal, puisque sa peur a pris la place de son ombre ! Et pour compliquer la situation, Epiphanie vit une autre situation effrayante : elle a perdu son chemin. Le chemin qui doit la mener vers la thérapie dont elle a justement besoin pour se débarrasser de sa peur !

L’épouvantable peur d’Epiphanie Frayeur est une bande dessinée aux allures d’album de jeunesse qui a beaucoup à dire derrière les magnifiques illustrations de Clément Lefèvre. L’histoire, signée Séverine Gauthier, s’adresse aux enfants de huit-dix ans et leur peur inexplicable, encombrante bien ancrée et pas facile à déloger.

Et alors ?

J’ai lu Epiphanie Frayeur à ma fille de 6 ans et demi et après avoir opérer quelques raccourcis ou décodages dû à son âge, elle a adopté le personnage. Identification immédiate au personnage ou à sa peur?? L’ouvrage est une amorce à un dialogue parents-enfants, il est aussi un outil en puissance pour les enseignants (et là je sais qu’il y en a qui m’écoute!)

Mais derrière la peur, on s’amusera avec les jeux de mots mis en illustrations ! J’ai cru même croisé l’humour de Ray

Et pour terminer voici la dédicace personnalisée offerte à ma fille.

En bref : à mettre entre toutes les mains !

 

Brésil – John Updike

Brésil – John Updick – 1994
(5 / 5)

Pourquoi ? Lecture conseillée par le Tigre (auteur d’un très bon blog dont je reparlerai sûrement) je décide de découvrir une histoire d’amour sombre au possible, allons y !

L’histoire : Au Brésil, plus précisément à Rio, nous assistons au coup de foudre, évident et brutal, entre deux jeunes gens issus de milieux opposés. Lui, fils d’une prostituée alcoolique, elle, élevée par son oncle richissime. L’on voudra les séparer, mais leur amour tentera de tout vaincre quitte à passer par les situations les plus glauques…

Et alors ? L’une de mes meilleures jusqu’à présent, et pourtant je suis bien loin de la conseiller à tout le monde. C’est un conte sombre, cruel et cru, servi avec une écriture brillante. Le livre se lit vite si on accepte de passer par des cases les moins réjouissantes. (prostitution, esclavage, captivité.) Nous suivons ce couple amoureux, que le monde, les gens, la malédiction veulent séparer. Ils s’enfonceront dans les pires situations pour vivre à deux. Il y a de la folie dans cet amour démesuré, dans leur fuite truffée de sombres aventures et puis un soupçon de magie pour nous offrir un final renversant qui amène à de perturbantes réflexions. Mais je n’en dirai pas plus.

En bref : Un mets délicat, des plus original qui causera malaise ou émerveillement.

Extraits : 

Il avait, en effet, une mère, une mère qui était une putain, pire qu’une putain, car dans ses souleries, elle couchait avec des hommes sans argent et élevait ses gosses comme des têtards dans le marécage de sa négligence et de ses désirs passagers.

C’était vrai, la cachaça, introduite en contrebande dans la montagne, se vendait très cher et Tristao, pour faire comme les autres garimpeiros, ne refusait pas un verre ou deux.La faiblesse de sa mère qu’il avait toujours méprisée, se réveillait en lui.

Malgré sa sexualité un peu durcie, Isabelle trouvait excitant de recevoir les assauts préoccupés de Tristao, de tenter de s’ajuster à un système nerveux plus anguleux qu’avant, moins arrondi par la pérennité du désespoir.

Lunar Park-Bret Easton Ellis

 

Lunar Park – Bret Easton Ellis – 2005
(5 / 5)

Pourquoi ? L’oeuvre d’un sulfureux auteur américain, affublé du titre de meilleur roman pour Lire en 2005, ne pouvait qu’attirer mon attention. Allons-y !

L’histoire : Bret Easton Ellis use de l’autofiction pour se mettre en page. Il se décrit comme dépendant aussi bien à la vie frelatée qu’aux drogues en tous genres, en passant une propension démesurée au sexe. Suite au décès de son père, l’auteur décide néanmoins de se ranger et d’adhérer au schéma idéal avec femme et enfant. Mais ses ambitions de retour à la case normale sont vite mises à mal par les personnages de ses romans et de son passé qui veulent faire voler en éclat la vie idéale dont il rêvait.

Et alors ? Complètement retournée par la première partie. Ellis se caricature à outrance ou plutôt livre le portrait que les gens ont dressé pour lui. Est-il réellement maitre de son image ? La partie autobiographique (arrangée à l’excès) laissera ensuite la place à la fiction ; Bret s’imagine enfin rangé et brode une histoire avec quelques fils de vérité. (Il n’est pas forcément des plus optimistes.) En se mettant en scène, il en profite pour égratigner la société, la façon dont nous survolons les catastrophes dans le monde pour mieux nous plonger dans le futile. Les enfants drogués dès le plus jeune âge pour qu’ils rentrent dans le cadre voulus par leurs parents eux-mêmes accros à ce qu’ils pensent pouvoir les rendre meilleurs. Et avec en toile de fond de sombres histoires de disparition et de meurtres. Bret est-il réellement innocent dans le cauchemar qui commence à prendre forme autour de lui.

Pour lire Lunar Park, il faut adhérer au style de l’auteur, phrases longues, parfois une foule de détails concernant les décors luxueux, ainsi qu’un humour froid dans lequel nous trouvons une mélancolie résignée.

Le lecteur peut-être surpris, car Bret Easton Ellis semble changer de genre en cours de roman, autobiographie, satire de la société pour terminer en ce qui ressemblerait à la fin d’un roman de Stefen King avec une part de fantastique. Déroutant, mais pas dérangeant pour apprécier cet excellent roman, plus complexe qu’il n’y parait.

En bref : si vous n’avez rien contre l’humour noir et blasé, parfois cru, d’un auteur en proie avec la superficialité du monde qui l’entoure, allez-y.

Extraits :

Interférence du jour : il me fallait trouver une phrase pour la promo d’un livre banal et inoffensif, écrit par une connaissance à New-York, encore un roman médiocre et poli (La plainte du millepatte.) qui allait obtenir quelques critiques respectables et puis être oublié à jamais. La phrase que j’ai fini par concevoir était désinvolte et évasive, une suite de mots si vagues qu’elle aurait pu s’appliquer à n’importe quoi : je ne pense pas être tombé sur une oeuvre aussi résolument tournée sur elle-même depuis des années.

La lecture des journaux n’a fait que réveiller ma peur. De nouvelles enquêtes donnaient des statistiques atroces sur à peu près tout. Les preuves apportées suggéraient que nous n’allions pas bien. Les chercheurs en convenaient sinistrement. […] La population était déconcertée et pourtant s’en fichait.

Ecrivain, il m’était plus facile de rêver du scénario le plus enviable que celui qui venait de se dérouler en fait.

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby – 2016
[usr:4]

Pourquoi ? : Parce que je suis toujours obligée de piquer les cadeaux que j’offre à ma mère. Puis lecture conseillée par la Lison, je dis on lit !

L’histoire : La tuberculose, la maladie et la méfiance qu’elle engendre, va bouleverser la vie d’une famille dans les années 50. Alors que la population croit au meilleur avec la fin de la guerre, la création d’une sécurité sociale et la période des Trente glorieuses qui se profile, la famille Blanc se retrouvera dépossédée, démembrée, car n’ayant jamais cotisé.

Et alors ? Ecriture brillante. Le genre de livre qui nous donne envie de noter la poésie percutante déversée tout au long des 250 pages. Roman court donc, mais qui fait son poids. Rapidement dans l’histoire nous subissons le désespoir d’une famille qui occupait le premier plan du village, et se retrouve mise à l’écart par crainte de contagion. La tuberculose, la peste blanche.

Malgré un style qui m’a bluffé pour la première partie, j’ai trouvé que par la suite, les jolies phrases prenaient trop de place, distillées en continu, le dernier tiers m’a un peu lassé. Pas vraiment d’action, peu de dialogue, on dirait davantage une succession de tableaux. Certains pourraient se sentir extérieur aux personnages, même si on ne peut rien reprocher aux qualités d’écriture de Valentine Goby

Quant à la couverture, elle est trompeuse. On pense que l’histoire offre des notes de joies, d’espoir, mais il s’agit avant tout de la lutte terrible d’une jeune fille qui veut réunir sa famille et gagner sa liberté. Or ses deux souhaits se combattent, puisque pour réaliser l’un il faut détruire l’autre.

En bref : Pour les amoureux de jolies phrases qui n’ont pas peur de la tristesse.

Extraits :

Le chuchotement trahit le secret, tous les enfants le savent. […] si le mot est prononcé du bout des lèvres, c’est qu’il ne faut pas le répandre. Elle a raison sans le savoir, la petite, le bacille doit être contenu ; qui sait si Odile ne dit pas le mot tout bas pour réduire son pouvoir de nuisance.

C’est un homme comme ça, honnête jusqu’au tréfonds. mais elle ne peut pas croire, voyant son visage rond, ses grosses mains aux ongles propres, le généreux gâteau aux pommes sous cloche à fromage, qu’il préfère l’honnêteté au malheur.

Le ventre d’Annie. Il la tient à distance de toute contrainte autre que lui, arme, armure, frontière, rempart, abri. Annie est intouchable car elle va être mère. Son ventre est une permission de supplémentaire contre laquelle tout reproche se fracasse. La grossesse est une île.

Des noeuds d’acier – Sandrine Colette

Des noeuds d'acier, Sandrine collette
Des noeuds d’acier – Sandrine Collette – 2013
(3,5 / 5)

Pourquoi ? Parce que le beau-père revenant de vacances me dit qu’il a trouvé un petit quelque chose pour moi. Glauque à souhait… Suis je comma ça ? On va tenter !

L’histoire : Théo sort de prison, devrait éviter de voir son frère, mais il le fait quand même, alors il décide de se mettre au vert. Il aurait dû y réfléchir à deux fois avant de s’isoler avec pour seule compagnie une bande de petits vieux.

Et alors ? Si on n’est pas récalcitrant au glauque et l’ambiance malsaine, c’est un petit roman qui se lit vite. Pour ce premier roman Sandrine Collette se défend bien. L’auteur a une plume efficace et pour les amateurs du genre, c’est un bon cru. Alors laissons les petits vieux jouer quelques notes de banjo et enjoy ! De mon côté, je testerai d’autres romans de l’auteur.

En bref : Du glauque que certains ne pourraient supporter, pour les autres, c’est une captivante captivité.

Extraits : 

J’essaie d’avoir l’air aimable, mais le sourire ne me vient pas. En face de moi, le vieux avance de deux pas pour me dévisager. Il n’est pas grand, un mètre soixante, soixante-cinq peut-être, la barbe et les cheveux coupés entièrement courts, entièrement blanc.

On est chouettes tous les deux, crevards et prisonniers, à se faire des promesses d’entraide et d’amitié éternelle. Je prends son reniflement comme acquiescement, et je me rallonge sur ma planche, épuisé.

La route – Cormac McCarthy

La route McCarthy
La route – Cormac McCarthy – 2008
(4,5 / 5)

Pourquoi ? Parce que prix Pulitzer, fin du monde et cannibales, le mélange semblait bon, alors on fonce !

L’histoire : Nos protagonistes, un père qui s’adapte et son jeune fils n’a connu que ça, subissent l’apocalypse. La pénurie, les menaces, les cannibales peuplent un monde à l’abandon. Bienvenue sur la route.

Et alors ? Thème surexploité, angoisse partagée, pourrait-on parler de déjà vu ? Non parce que McCarthy – sans jeu de mot bien sûr – apporte sa nuance de gris. Le roman se veut un journal de bord de survie, même si l’espoir de jours meilleurs est aussi squelettique que l’homme et son enfant. Nous allons tracer une route triste, parce qu’il y a dans la poussière de leurs pas, la nostalgie du monde passé, une route dangereuse où la seule viande qui reste, est humaine, une route où la faim tiraille parce que l’abondance de nos supermarchés dévastés n’est plus que vide ou pourriture.

Avec des phrases puissantes, une retenue vis à vis de ses personnages, Mc Carthy nous emmène dans un endroit que nous ne voulons pas connaitre.

Et si certains sont alléchés par la présence de cannibales, sachez que McCarthy nous livre avant tout des descriptions lunaires et cendreuses qu’une chasse à l’homme barbare.

En bref : Style pénétrant avec un thème abordable qui laissera comme un goût de poussière à la fin de la lecture.

Extraits : 

Cherchant n’importe quoi qui eût une couleur.

Il se réveilla au bruit d’un lointain grondement de tonnerre et se redressa. L’indécise lumière tout autour, frissonnante et sans origine, réfractée dans dans l’averse de suie à la dérive.

Cette fois, ils mourraient vraiment de faim. le pays avait été pillé, mis à sac, ravagé. Dépouillé de la moindre miette.

Room – Emma Donoghue

Emma Donoghue Room
Room – Emma Donoghue – 2010
(5 / 5)

Pourquoi ? Parce que c’est une idée de roman qui avait germé un temps dans ma petite tête, pourquoi les histoires d’enlèvement et de séquestration finissent-elles une fois les prisonniers libérés , est-ce réellement la fin de l’histoire ? Je ne pouvais pas passer à côté de ce roman, alors go !

L’histoire : Jack ne s’en rend pas compte, mais il est séquestré avec sa mère dans cette chambre, leur cellule. Jack est né ici, il apprend le monde, enfermé dans 10 m, entre les paroles de sa mère et ce que lui délivre madame télé. Qu’est-ce qui est pour de vrai ? Qu’est-ce qui existe réellement au delà des limites de leur chambre ? Le jour de leur libération signe leur arrivée dans une nouvelle dimension, le retour et la découverte du monde du dehors.

Et alors ? Les racines de ce livre, sont de sombres faits divers : l’affaire scabreuse de Josef Fritzl ou encore celle de Natascha Kampusch. Emma Donoghue s’en ai servi pour le point de départ et a brodé autour pour nous livrer une oeuvre bouleversante, sans jamais sombrer dans le glauque. Le roman est raconté avec la vision de Jack cinq ans. Le langage facile de l’enfant fait comprendre au lecteur toute la gravité, mais lui, le jeune narrateur, grâce à son insouciance, en est épargné. La première partie peut paraitre un peu répétitive, nous suivons leur quotidien, comment la mère élabore une routine pour survivre à leur captivité. Pour Jack tout semble normal. Quelques lecteurs laisseront peut-être le livre de côté, car l’enfant narrateur est quelque fois agaçant, mais il permet aussi de dédramatiser l’horreur subi dans la chambre.

Il y a, et c’est la force du livre, la deuxième partie, celle qui concerne l’évasion et ses répercussions. Le livre nous offre l’après de ce qu’on a coutume de voir, les prisonniers délivrés, le soulagement, le bonheur d’être auprès des siens. Ici le retour est plus complexe, car il y a l’enfant, l’enfant né lors de la captivité de la mère, le fils du méchant Nick. L’ivresse de retrouver la liberté se retrouve fracassée par de nouvelles contraintes apportées par le monde extérieur. Peut-on s’adapter de nouveau ? Et comment réagir quand Jack commence à regretter sa chambre, sa cellule, le monde qu’il a toujours connu et qui lui est en quelque sorte arraché ?

Pour terminer, je voudrais citer une phrase de l’auteur

La captivité n’est qu’une version extrême de l’ordinaire. A méditer !

En bref : Il faut accepter l’enfant narrateur. C’est un livre plus psychologique qu’une histoire à suspens. Une histoire incroyable d’amour entre mère et fils, mais aussi entre une grand-mère et un petit fils issu du pire.

Extraits :

Maman souffle lentement et fort : « Tu sais quoi ? J’ai une idée. Je vais t’écrire un mot que tu garderas bien caché, un message qui explique tout. – Super ! – Tu n’auras qu’à le donner à la première personne que tu verras… mais pas à un malade, quelqu’un en uniforme. – Qu’est-ce qu’il fera avec le papier ? – Il le lira bien sûr. – Les gens de la télé savent lire ? »

Elle parle pendant mille ans de la Chambre, de Grand méchant Nick et tout ça ; je suis trop fatigué pour écouter.

 

Garden of love – Marcus Malte

Garden of Love, marcus Malte
Garden of Love – Marcus Malte – 2007
(4,5 / 5)

Pourquoi ? Parce qu’il parait que je suis passée à côté d’un grand auteur connu pour ses romans noirs et une écriture qui vaut le détour, alors on s’y met.

L’histoire : Un flic, reclus, reçoit un manuscrit dérangeant le mettant en scène, malgré quelques arrangements voulu par le mystérieux auteur. Nous nous laissons alors embarqués dans le roman, découpé entre les pages du manuscrit et le réel.

Et alors ? Plusieurs embryons d’histoires construisent la première partie, à se demander qui nous allons suivre et quand vont-ils se rejoindre. Découvrons-nous la vérité ou une version décidée par l’auteur du manuscrit ? Les personnages tiennent plusieurs rôles, c’est un puzzle, un scénario qui se réécrit, pas toujours évident à remettre en place. C’est une histoire complexe, mais le style efficace de Marcus Malte nous fait abandonner toute envie de poser le livre. Certains pourraient être déçus par le final ; il ne faut pas le voir comme un roman policier avec son ultime rebondissement, mais comme un jeu de miroir bien orchestré, avec une pointe de poésie. C’est un roman à part, bien écrit, et qui me donne très envie de poursuivre avec cet auteur.

En bref : A lire rapidement au risque de se perdre complètement, un roman noir qui mérite de s’accrocher.

Extrait :

Maintenant la question était : que suis-je censé faire de ça . Ce message, ce témoignage. Cette confession. Je ne savais même pas comment l’appeler. Une histoire à cauchemarder debout quand on connaissait les tenants et aboutissants. Qu’est-ce qu’un salopard attendait de moi en m’envoyant son missile par la poste ? Que je fasse la part des choses ? A première vue, j’aurai divisé le récit le récit en trois : un tiers fiction, un tiers réalité, un tiers délire.

Invisible sous la lumière – Carrie Snyder

invisible sous la lumière, Carrie Snyder
Invisible sous la lumière – Carrie Snyder – 2016
(3,5 / 5)

Pourquoi ? Parce que pour récompenser ma fidélité chez mes sympathiques libraires de la Lison, je reçois un livre. Alors allons y.

L’histoire : Une centenaire se fait gentiment kidnappée par des soi disants journalistes. L’occasion pour elle de faire des allers-retours dans ses souvenirs et nous livrer l’histoire de sa vie ; une femme qui court dans les années 1920.

Et alors : Style agréable, portrait qui attire ; on se demande même si Aganetha Smart a bel et bien existé. De nombreux thèmes balayés qui rendent la lecture attractive : la guerre en toile de fond, le droit des femmes et leur légitimité dans le monde du sport, l’avortement. Ma lecture a toutefois été inégale, avec des passages qui j’ai dévorés, d’autres qui favorisaient mon détachement. Peut-être que le point noir du livre, ce sont les multiples allers retours dans le temps, parfois désordonnés, qui même s’ils ne nuisent pas à la compréhension, la rendent moins aisée. Pourtant, je suis plutôt adepte de cette façon de faire qui permettent de tenir en haleine, mais ici la linéarité m’a manquée. Les personnages sont nombreux, alors des bonds dans un sens comme dans l’autre, on s’embrouille facilement.

En bref : Si vous aimez les portraits de femmes, avec un côté historique.

Extrait : 

Je cours, je cours, je cours jusqu’à perdre le compte des tours, jusqu’à ce que la lourde tresse qui bat mon dos soit trempée, imbibée de sueur. Les os de mes hanches, de mes genoux et de mes chevilles me font mal à chaque pas dans la terre molle et l’herbe tendre ; mes halètements me déchirent la gorge, si bruyants qu’ils finissent par alerter mon père.