Le carnaval des illusions – Jo Rouxinol

(4,5 / 5)

Pourquoi ? Jo Rouxinol, c’est une auteure que j’avais repérée dans le groupe de lecture Accro aux livres. Elle avait souvent la réplique constructive pour apaiser certaines tensions littéraires (si si parfois il y en a !) J’apprends alors qu’elle a publié deux romans sur Kindle… de qualité j’entends dire. Je choisis donc de commencer par La carnaval des illusions. Go !

L’histoire : Eva prépare son CAPES, et pour tester sa motivation et sa résistance, elle est pionne dans un collègue de banlieue parisienne. La roman suit l’étudiante dans son rôle de surveillante, avec en écho les souvenirs d’une expérience amoureuse qui l’a fait traverser l’océan pour une immersion au Brésil et plus précisément à Rio dans une association qui oeuvre pour les jeunes des favelas.

Et alors ? Le lecteur est interpellé dès la première phrase « Sale pute, je vais te niquer, wesh ! » Et c’est là la force du livre, on plonge directement dans une ambiance, aussi bien dans les couloirs d’un collège que dans les favelas de Rio.

Nous faisons d’abord la connaissance de quelques élèves, certains fortement dissipés avec leurs vies complexes qui se s’emboitent pas dans l’exigence scolaire. En face d’eux on y retrouve le malaise des jeunes professeurs directement jetés dans l’arène. Des rapports tumultueux aggravés par la violence du cyber harcèlement. Autant de sujets qui sont traités avec une plume photographique (là je pompe sur Kalya Ousmane qui a aussi chroniqué Jo Rouxinol) Une plume qui se veut sans jugement, sans violence, mais qui rend le lecteur encore plus sensible à l’histoire.

Et puis il y a la vie au Brésil, le prolongement d’une histoire d’amour née lors d’un concert à Paris. Eva goûte au paradis sur les plages de Rio, avant d’en percevoir les artères de la misère, et cette injustice tolérée dans les favelas pour le bien du touriste.

A travers la foule de personnages qu’elle rencontre, Eva cherche à aider, aimer, croire en l’humain, elle qui a une famille rétrécie par des départs précipités.

Je ne pense pas me tromper en disant qu’il y a beaucoup de l’auteure dans ce roman. Ce qui explique parfois que le style se modère, qu’il pourrait donner davantage encore. Et c’est pour cette raison que je suis impatiente de retrouver Jo Rouxinol dans une fiction.

En bref : Le carnaval des illusions, c’est Eva et le flot des personnages qui gravitent autour d’elle, qui vivent, s’aiment, veulent y croire et subissent, douloureusement, l’arrêt brutal de la fête.
Il ne faut cependant pas croire à un roman pessimiste. J’ai davantage perçu une envie de se reconstruire coûte que coûte.

Où trouver Le carnaval des illusions ?

https://www.amazon.fr/carnaval-illusions-Jo-Rouxinol-ebook/dp/B01IYISJHK

Extraits :

C’est une toute jeune femme, elle doit avoir 25 ans, mais son être cristallise l’essence professorale dans ce qu’il a de plus caricatural. Un professeur surgi du fond des âges, empli d’un savoir colossal et poussiéreux, si lourd qu’il leste l’esprit et l’entraine comme une pierre dans l’abîme de l’ennui.

Je traque es signes d’une joie qui s’amenuise, les étoiles dans les yeux qui s’éteignent, rien d’inquiétant au début, juste une ou deux dont l’absence d’éclat passe inaperçu, j’essaie de débusquer les traces d’un enthousiasme moins flagrant pour nos promenades ou pour nos conversations, mais jusqu’au bout elles demeurèrent entrecoupées, de digressions, d’éclats de rire et de gaies chamailleries.

Depuis que la police pacificatrice s’était installée dans les bidonvilles, ceux-ci avaient été envahis par les organisateurs d’événements par les touristes, la bourgeoisie carioca de la zone sud qui se barricade volontiers derrière des résidences ultra fermées mais qui aiment investir des territoires plus pauvres le temps d’une nuit festive.

L’archipel d’une autre vie – Andreï Makine

L'archipel d'une autre vie, Andreï Makine
L’archipel d’une autre vie – Andreï Makine – 2016
(4,5 / 5)

Mais pourquoi ? Parce que belle-maman l’avait acheté et me l’a tendu en me disant que c’était pas mal. Alors on y va…

L’histoire : Pénétrons dans la taïga avec deux personnages qui se suivent. Filature qui prendra rapidement fin pour nous faire découvrir l’histoire de Pavel Gartsev, réserviste à la fin de l’époque Stalinienne. A cette époque, il est embarqué avec quatre autres compagnons, pour livrer une chasse à l’homme. Traque tout en finesse, puisqu’ils vont suivre un évadé armé avec la contrainte de le ramener vivant au campement.

Et alors ? Bizarrement, le roman ne m’a pas happée dès les premières pages, malgré une écriture remarquable. Alors pourquoi ? Sans doute l’identité des personnages un peu dans le flou, ils se suivent, et j’avais cette impression de les suivre moi aussi, mais avec une certaine distance qui m’empêchait de rentrer dans l’histoire. Je n’ai pourtant pas laissé la lecture de côté ; des pages aérées et une écriture sympathique m’incitaient à poursuivre… Et fort heureusement. Parce qu’on a une pépite. Une fois que nous nous envolons avec la vie de Pavel, le rythme est là ; ses premières désillusions, sa vie au camps, et la chasse à l’homme qui démarre avec un panel de compagnons de route du bon camarade au sergent teigneux. Je me suis un peu embrouillée avec les différents personnages, mais c’est récurrent chez moi. Et puis il y  a ce retournement au milieu du livre que je tairai, parce que saisissant, donnant au roman une texture nouvelle. Il y a des échanges justes, un soupçon de poésie, de l’intensité, un style bien dosé, qui n’a pas besoin d’en faire de trop. Dans une trop grande majorité de mes lectures, j’accroche très rapidement, pour faire face à la déception au fil des pages, ici c’est l’inverse. Une belle surprise !

En bref : une grande lecture accessible, avec ce qu’il faut de poésie et de réflexion.

Extrait : 

Jamais encore depuis le début de notre expédition, nous n’avions passé la nuit si près de l’endroit où le fuyard campait. Il n’alluma qu’un seul feu, n’ayant plus la force de préparer ses leurres lumineux.