Brésil – John Updike

Brésil – John Updick – 1994
(5 / 5)

Pourquoi ? Lecture conseillée par le Tigre (auteur d’un très bon blog dont je reparlerai sûrement) je décide de découvrir une histoire d’amour sombre au possible, allons y !

L’histoire : Au Brésil, plus précisément à Rio, nous assistons au coup de foudre, évident et brutal, entre deux jeunes gens issus de milieux opposés. Lui, fils d’une prostituée alcoolique, elle, élevée par son oncle richissime. L’on voudra les séparer, mais leur amour tentera de tout vaincre quitte à passer par les situations les plus glauques…

Et alors ? L’une de mes meilleures jusqu’à présent, et pourtant je suis bien loin de la conseiller à tout le monde. C’est un conte sombre, cruel et cru, servi avec une écriture brillante. Le livre se lit vite si on accepte de passer par des cases les moins réjouissantes. (prostitution, esclavage, captivité.) Nous suivons ce couple amoureux, que le monde, les gens, la malédiction veulent séparer. Ils s’enfonceront dans les pires situations pour vivre à deux. Il y a de la folie dans cet amour démesuré, dans leur fuite truffée de sombres aventures et puis un soupçon de magie pour nous offrir un final renversant qui amène à de perturbantes réflexions. Mais je n’en dirai pas plus.

En bref : Un mets délicat, des plus original qui causera malaise ou émerveillement.

Extraits : 

Il avait, en effet, une mère, une mère qui était une putain, pire qu’une putain, car dans ses souleries, elle couchait avec des hommes sans argent et élevait ses gosses comme des têtards dans le marécage de sa négligence et de ses désirs passagers.

C’était vrai, la cachaça, introduite en contrebande dans la montagne, se vendait très cher et Tristao, pour faire comme les autres garimpeiros, ne refusait pas un verre ou deux.La faiblesse de sa mère qu’il avait toujours méprisée, se réveillait en lui.

Malgré sa sexualité un peu durcie, Isabelle trouvait excitant de recevoir les assauts préoccupés de Tristao, de tenter de s’ajuster à un système nerveux plus anguleux qu’avant, moins arrondi par la pérennité du désespoir.

Lunar Park-Bret Easton Ellis

 

Lunar Park – Bret Easton Ellis – 2005
(5 / 5)

Pourquoi ? L’oeuvre d’un sulfureux auteur américain, affublé du titre de meilleur roman pour Lire en 2005, ne pouvait qu’attirer mon attention. Allons-y !

L’histoire : Bret Easton Ellis use de l’autofiction pour se mettre en page. Il se décrit comme dépendant aussi bien à la vie frelatée qu’aux drogues en tous genres, en passant une propension démesurée au sexe. Suite au décès de son père, l’auteur décide néanmoins de se ranger et d’adhérer au schéma idéal avec femme et enfant. Mais ses ambitions de retour à la case normale sont vite mises à mal par les personnages de ses romans et de son passé qui veulent faire voler en éclat la vie idéale dont il rêvait.

Et alors ? Complètement retournée par la première partie. Ellis se caricature à outrance ou plutôt livre le portrait que les gens ont dressé pour lui. Est-il réellement maitre de son image ? La partie autobiographique (arrangée à l’excès) laissera ensuite la place à la fiction ; Bret s’imagine enfin rangé et brode une histoire avec quelques fils de vérité. (Il n’est pas forcément des plus optimistes.) En se mettant en scène, il en profite pour égratigner la société, la façon dont nous survolons les catastrophes dans le monde pour mieux nous plonger dans le futile. Les enfants drogués dès le plus jeune âge pour qu’ils rentrent dans le cadre voulus par leurs parents eux-mêmes accros à ce qu’ils pensent pouvoir les rendre meilleurs. Et avec en toile de fond de sombres histoires de disparition et de meurtres. Bret est-il réellement innocent dans le cauchemar qui commence à prendre forme autour de lui.

Pour lire Lunar Park, il faut adhérer au style de l’auteur, phrases longues, parfois une foule de détails concernant les décors luxueux, ainsi qu’un humour froid dans lequel nous trouvons une mélancolie résignée.

Le lecteur peut-être surpris, car Bret Easton Ellis semble changer de genre en cours de roman, autobiographie, satire de la société pour terminer en ce qui ressemblerait à la fin d’un roman de Stefen King avec une part de fantastique. Déroutant, mais pas dérangeant pour apprécier cet excellent roman, plus complexe qu’il n’y parait.

En bref : si vous n’avez rien contre l’humour noir et blasé, parfois cru, d’un auteur en proie avec la superficialité du monde qui l’entoure, allez-y.

Extraits :

Interférence du jour : il me fallait trouver une phrase pour la promo d’un livre banal et inoffensif, écrit par une connaissance à New-York, encore un roman médiocre et poli (La plainte du millepatte.) qui allait obtenir quelques critiques respectables et puis être oublié à jamais. La phrase que j’ai fini par concevoir était désinvolte et évasive, une suite de mots si vagues qu’elle aurait pu s’appliquer à n’importe quoi : je ne pense pas être tombé sur une oeuvre aussi résolument tournée sur elle-même depuis des années.

La lecture des journaux n’a fait que réveiller ma peur. De nouvelles enquêtes donnaient des statistiques atroces sur à peu près tout. Les preuves apportées suggéraient que nous n’allions pas bien. Les chercheurs en convenaient sinistrement. […] La population était déconcertée et pourtant s’en fichait.

Ecrivain, il m’était plus facile de rêver du scénario le plus enviable que celui qui venait de se dérouler en fait.

Room – Emma Donoghue

Emma Donoghue Room
Room – Emma Donoghue – 2010
(5 / 5)

Pourquoi ? Parce que c’est une idée de roman qui avait germé un temps dans ma petite tête, pourquoi les histoires d’enlèvement et de séquestration finissent-elles une fois les prisonniers libérés , est-ce réellement la fin de l’histoire ? Je ne pouvais pas passer à côté de ce roman, alors go !

L’histoire : Jack ne s’en rend pas compte, mais il est séquestré avec sa mère dans cette chambre, leur cellule. Jack est né ici, il apprend le monde, enfermé dans 10 m, entre les paroles de sa mère et ce que lui délivre madame télé. Qu’est-ce qui est pour de vrai ? Qu’est-ce qui existe réellement au delà des limites de leur chambre ? Le jour de leur libération signe leur arrivée dans une nouvelle dimension, le retour et la découverte du monde du dehors.

Et alors ? Les racines de ce livre, sont de sombres faits divers : l’affaire scabreuse de Josef Fritzl ou encore celle de Natascha Kampusch. Emma Donoghue s’en ai servi pour le point de départ et a brodé autour pour nous livrer une oeuvre bouleversante, sans jamais sombrer dans le glauque. Le roman est raconté avec la vision de Jack cinq ans. Le langage facile de l’enfant fait comprendre au lecteur toute la gravité, mais lui, le jeune narrateur, grâce à son insouciance, en est épargné. La première partie peut paraitre un peu répétitive, nous suivons leur quotidien, comment la mère élabore une routine pour survivre à leur captivité. Pour Jack tout semble normal. Quelques lecteurs laisseront peut-être le livre de côté, car l’enfant narrateur est quelque fois agaçant, mais il permet aussi de dédramatiser l’horreur subi dans la chambre.

Il y a, et c’est la force du livre, la deuxième partie, celle qui concerne l’évasion et ses répercussions. Le livre nous offre l’après de ce qu’on a coutume de voir, les prisonniers délivrés, le soulagement, le bonheur d’être auprès des siens. Ici le retour est plus complexe, car il y a l’enfant, l’enfant né lors de la captivité de la mère, le fils du méchant Nick. L’ivresse de retrouver la liberté se retrouve fracassée par de nouvelles contraintes apportées par le monde extérieur. Peut-on s’adapter de nouveau ? Et comment réagir quand Jack commence à regretter sa chambre, sa cellule, le monde qu’il a toujours connu et qui lui est en quelque sorte arraché ?

Pour terminer, je voudrais citer une phrase de l’auteur

La captivité n’est qu’une version extrême de l’ordinaire. A méditer !

En bref : Il faut accepter l’enfant narrateur. C’est un livre plus psychologique qu’une histoire à suspens. Une histoire incroyable d’amour entre mère et fils, mais aussi entre une grand-mère et un petit fils issu du pire.

Extraits :

Maman souffle lentement et fort : « Tu sais quoi ? J’ai une idée. Je vais t’écrire un mot que tu garderas bien caché, un message qui explique tout. – Super ! – Tu n’auras qu’à le donner à la première personne que tu verras… mais pas à un malade, quelqu’un en uniforme. – Qu’est-ce qu’il fera avec le papier ? – Il le lira bien sûr. – Les gens de la télé savent lire ? »

Elle parle pendant mille ans de la Chambre, de Grand méchant Nick et tout ça ; je suis trop fatigué pour écouter.

 

Garden of love – Marcus Malte

Garden of Love, marcus Malte
Garden of Love – Marcus Malte – 2007
(4,5 / 5)

Pourquoi ? Parce qu’il parait que je suis passée à côté d’un grand auteur connu pour ses romans noirs et une écriture qui vaut le détour, alors on s’y met.

L’histoire : Un flic, reclus, reçoit un manuscrit dérangeant le mettant en scène, malgré quelques arrangements voulu par le mystérieux auteur. Nous nous laissons alors embarqués dans le roman, découpé entre les pages du manuscrit et le réel.

Et alors ? Plusieurs embryons d’histoires construisent la première partie, à se demander qui nous allons suivre et quand vont-ils se rejoindre. Découvrons-nous la vérité ou une version décidée par l’auteur du manuscrit ? Les personnages tiennent plusieurs rôles, c’est un puzzle, un scénario qui se réécrit, pas toujours évident à remettre en place. C’est une histoire complexe, mais le style efficace de Marcus Malte nous fait abandonner toute envie de poser le livre. Certains pourraient être déçus par le final ; il ne faut pas le voir comme un roman policier avec son ultime rebondissement, mais comme un jeu de miroir bien orchestré, avec une pointe de poésie. C’est un roman à part, bien écrit, et qui me donne très envie de poursuivre avec cet auteur.

En bref : A lire rapidement au risque de se perdre complètement, un roman noir qui mérite de s’accrocher.

Extrait :

Maintenant la question était : que suis-je censé faire de ça . Ce message, ce témoignage. Cette confession. Je ne savais même pas comment l’appeler. Une histoire à cauchemarder debout quand on connaissait les tenants et aboutissants. Qu’est-ce qu’un salopard attendait de moi en m’envoyant son missile par la poste ? Que je fasse la part des choses ? A première vue, j’aurai divisé le récit le récit en trois : un tiers fiction, un tiers réalité, un tiers délire.

Invisible sous la lumière – Carrie Snyder

invisible sous la lumière, Carrie Snyder
Invisible sous la lumière – Carrie Snyder – 2016
(3,5 / 5)

Pourquoi ? Parce que pour récompenser ma fidélité chez mes sympathiques libraires de la Lison, je reçois un livre. Alors allons y.

L’histoire : Une centenaire se fait gentiment kidnappée par des soi disants journalistes. L’occasion pour elle de faire des allers-retours dans ses souvenirs et nous livrer l’histoire de sa vie ; une femme qui court dans les années 1920.

Et alors : Style agréable, portrait qui attire ; on se demande même si Aganetha Smart a bel et bien existé. De nombreux thèmes balayés qui rendent la lecture attractive : la guerre en toile de fond, le droit des femmes et leur légitimité dans le monde du sport, l’avortement. Ma lecture a toutefois été inégale, avec des passages qui j’ai dévorés, d’autres qui favorisaient mon détachement. Peut-être que le point noir du livre, ce sont les multiples allers retours dans le temps, parfois désordonnés, qui même s’ils ne nuisent pas à la compréhension, la rendent moins aisée. Pourtant, je suis plutôt adepte de cette façon de faire qui permettent de tenir en haleine, mais ici la linéarité m’a manquée. Les personnages sont nombreux, alors des bonds dans un sens comme dans l’autre, on s’embrouille facilement.

En bref : Si vous aimez les portraits de femmes, avec un côté historique.

Extrait : 

Je cours, je cours, je cours jusqu’à perdre le compte des tours, jusqu’à ce que la lourde tresse qui bat mon dos soit trempée, imbibée de sueur. Les os de mes hanches, de mes genoux et de mes chevilles me font mal à chaque pas dans la terre molle et l’herbe tendre ; mes halètements me déchirent la gorge, si bruyants qu’ils finissent par alerter mon père.

L’archipel d’une autre vie – Andreï Makine

L'archipel d'une autre vie, Andreï Makine
L’archipel d’une autre vie – Andreï Makine – 2016
(4,5 / 5)

Mais pourquoi ? Parce que belle-maman l’avait acheté et me l’a tendu en me disant que c’était pas mal. Alors on y va…

L’histoire : Pénétrons dans la taïga avec deux personnages qui se suivent. Filature qui prendra rapidement fin pour nous faire découvrir l’histoire de Pavel Gartsev, réserviste à la fin de l’époque Stalinienne. A cette époque, il est embarqué avec quatre autres compagnons, pour livrer une chasse à l’homme. Traque tout en finesse, puisqu’ils vont suivre un évadé armé avec la contrainte de le ramener vivant au campement.

Et alors ? Bizarrement, le roman ne m’a pas happée dès les premières pages, malgré une écriture remarquable. Alors pourquoi ? Sans doute l’identité des personnages un peu dans le flou, ils se suivent, et j’avais cette impression de les suivre moi aussi, mais avec une certaine distance qui m’empêchait de rentrer dans l’histoire. Je n’ai pourtant pas laissé la lecture de côté ; des pages aérées et une écriture sympathique m’incitaient à poursuivre… Et fort heureusement. Parce qu’on a une pépite. Une fois que nous nous envolons avec la vie de Pavel, le rythme est là ; ses premières désillusions, sa vie au camps, et la chasse à l’homme qui démarre avec un panel de compagnons de route du bon camarade au sergent teigneux. Je me suis un peu embrouillée avec les différents personnages, mais c’est récurrent chez moi. Et puis il y  a ce retournement au milieu du livre que je tairai, parce que saisissant, donnant au roman une texture nouvelle. Il y a des échanges justes, un soupçon de poésie, de l’intensité, un style bien dosé, qui n’a pas besoin d’en faire de trop. Dans une trop grande majorité de mes lectures, j’accroche très rapidement, pour faire face à la déception au fil des pages, ici c’est l’inverse. Une belle surprise !

En bref : une grande lecture accessible, avec ce qu’il faut de poésie et de réflexion.

Extrait : 

Jamais encore depuis le début de notre expédition, nous n’avions passé la nuit si près de l’endroit où le fuyard campait. Il n’alluma qu’un seul feu, n’ayant plus la force de préparer ses leurres lumineux.

La fille du train – Paula Hawkins

La fille du train, Paula Hawkins
La fille du train – Paula Hawkins – 2015

(3 / 5)

Mais pourquoi ? Parce qu’il y a des têtes de gondoles, un  film qui sort, et qu’il parait que ça se lit vite et bien, alors pourquoi pas !

L’histoire : Un trajet répétitif en train permet à l’imagination gangrenée de Rachel de se projeter dans la vie d’une couple d’inconnus. Jusqu’au jour où une mystérieuse disparition donne l’envie au voyeur de devenir acteur…

Et alors ? Difficile de ne pas se laisser embarquer. Je partage avec Rachel, cette tendance à vouloir subtiliser quelques instants de vie d’inconnus, l’air de rien et tout à fait excusable quand on est en transport en commun. Pour ma part, il n’y a jamais eu les prémices pour un roman policier, mais ici quand une routine anodine devient le départ d’une histoire à suspens, on n’a aucune envie de rester sur le quai. La fille du train m’a tendu les bras, au départ, un bon rythme de croisière, la juste dose de détails qui nous permet de nous relier aux personnages, un style plus que correct pour ce genre de roman. Malheureusement vers le milieu, les grosses ficelles inhérentes au genre sont tirées. On n’y croit un peu moins, et j’avoue que j’avais flairé la fin. Dommage…

En bref : lecture facile, sans doute pour un public plus féminin.

Extrait : 

La tête appuyée contre la vitre du train, je regarde défiler ces maisons, comme un travelling au cinéma. J’ai une une perspective unique sur elles, même leurs habitants ne doivent jamais les voir sous cet angle. Deux fois par jour, je bénéficie d’une fenêtre sur d’autres vies, l’espace d’un instant. Il y a quelque chose de réconfortant à observer des inconnus à l’abri, chez eux.